De terre et de mer de Sophie Van der Linden

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Quatrième de couverture:
Au début du siècle dernier, Henri, un jeune artiste, parvient sur l’île de B. après un long voyage.
Venu rendre visite à la femme qui s’est détournée de lui, il y séjournera vingt-quatre heures, le temps pour lui de déambuler dans ce paysage envoûtant, et d’y faire des rencontres singulières.
Jusqu’à la chute finale, le lecteur chemine à la suite du héros dans cette atmosphère vibrante, rendue par une écriture impressionniste aux multiples résonances.De terre et de mer est le troisième roman de Sophie Van der Linden. Après La Fabrique du monde et L’Incertitude de l’aube, l’auteur confirme encore son talent et dépeint avec acuité l’expression des sensations et des sentiments.

Mon avis:

Un livre comme on rate un bateau, comme on manque l’heure d’embarquement… Reçu grâce à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel, De terre et de mer est un rendez-vous manqué. À l’instar du héros, j’ai déambulé jusqu’à l’île de B. Lui, par la mer, venant vainement retrouver l’amour de la belle Youna, moi, par les mots, cherchant la douceur et la poésie suggérées par la toile en couverture.

« Cette sensation de réussir à faire exister à l’extérieur de soi, sur du papier, ce qui est si mouvant, insaisissable, retranché dans mes pensées, me donne la plus grande joie. Pour autant, cela ne me fait pas renoncer à toi. »

Cherchant l’indépendance et la liberté, Youna est venue s’installer sur l’île de B. Elle y a commencé une nouvelle vie loin des moments passés auprès d’Henri. Jeune peintre tourmenté, Henri vit mal ce silence et décide d’entreprendre, le temps d’une journée, un voyage sur les traces de celle qu’il croit aimer. Débarqué, ses mille questions pour seul bagage, le jeune homme ne manque pas d’attirer les on-dit. Qui est-il ? Que cherche-t-il ? Que veut-il à l’énigmatique Youna ? L’atmosphère pesante du début du XXème siècle entoure ce couple étrange marchant sur la lande. De point de vue en point de vue, on explore tour à tour les quelques âmes qui peuplent cette terre. Le restaurateur, la vieille dame, le chasseur, le coureur, le pêcheur, font appel à leurs souvenirs, à leur quotidien et lancent quelques pistes au lecteur intrigué.

« Depuis la nuit des temps, je sens le moindre hoquet de ton sommeil, je sens la nervosité de ta queue qui racle et abîme la roche lorsque tu rêves. Je sens que tu gis sur le flanc, mais que ton cœur bat sourdement. Ta colère, ton poison coulent dans le sang noir et visqueux dont tes veines figées sont emplies, ta rage et ton râle, rauques, sourdent de la roche, ébranlent l’eau stagnante du marais, je les sens, oui, je les sens sous mes pieds qui s’agitent et annoncent ton tellurique éveil, aerouant. »

Mais si l’écriture de Sophie Van der Linden aura pu être belle et sensible, elle fut surtout, pour moi, déconcertante. Il m’a semblé que l’histoire de cette île ne rendait pas vraiment hommage à la poésie de ses phrases. La jolie musique perd de son rythme, pour mieux revenir, parfois, mais pas assez pour me faire apprécier ce moment. Enfin, le récit reste trop court, les personnages seulement esquissés furent, pour moi à regret, fades et antipathiques.

De terre et de mer aurait pu être, mais ne fut pas, cette fois.

Ma note: 2,5/5

Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs

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Quatrième de couverture:

Une histoire merveilleusement étrange, émouvante et palpitante.
Un roman fantastique qui fait réfléchir sur le nazisme, la persécution des juifs, l’enfermement et l’immortalité.

Jacob Portman, 16 ans, écoute depuis son enfance les récits fabuleux de son grand-père. Ce dernier, un juif polonais, a passé un partie de sa vie sur une minuscule île du pays de Galles, où ses parents l’avaient envoyé pour le protéger de la menace nazie. Le jeune Abe Portman y a été recueilli par Miss Peregrine Faucon, la directrice d’un orphelinat pour enfants « particuliers ». Selon ses dires, Abe y côtoyait une ribambelle d’enfants doués de capacités surnaturelles, censées les protéger des « Monstres ».

Un soir, Jacob trouve son grand-père mortellement blessé par une créature qui s’enfuit sous ses yeux. Bouleversé, Jacob part en quête de vérité sur l’île si chère à son grand-père. En découvrant le pensionnat en ruines, il n’a plus aucun doute : les enfants particuliers ont réellement existé. Mais étaient-ils dangereux ? Pourquoi vivaient-ils ainsi reclus, cachés de tous ? Et s’ils étaient toujours en vie, aussi étrange que cela paraisse…

Mon avis:

Une longue réflexion suivie la fin de ma lecture de Miss Peregrine et les enfants particuliers. Comment évoquer un livre dont on a été déçue alors que tout le monde l’a aimé et acclamé ? Etait-il vraiment nécessaire d’écrire cet article ? Que pouvais-je bien encore apporter à tout ce qui avait déjà été dit ? Mais aux risques d’attirer les foudres de certains lecteurs, j’ai décidé, au moins pour moi, de mettre les mots sur une petite déception.

Revenons au tout début, Miss Peregrine et les enfants particuliers est un roman qui m’intriguait énormément, d’un côté, par l’objet lui-même. La couverture est mystérieuse, le titre a une sonorité exquise et la typographie est aussi belle qu’étrange. J’ouvre le livre et hop ma curiosité est une fois de plus mise à rude épreuve, les pages alternant entre l’histoire de Jacob et des photographies en noir et blanc. Un véritable plus qui donne toute son originalité au roman. Dans ma tête, j’aimais déjà cette Miss et ne demandais qu’à rencontrer ses drôles de marmots.

Des photos c’est bien sympa, mais l’histoire, qu’est-ce qu’elle raconte ? Elle dit que Jacob Portman a 16 ans, que depuis qu’il est petit, son grand-père lui parle d’une maison où vivrait des enfants un peu différents et que ce qu’il prenait pour des histoires à dormir debout auraient peut-être un lien avec la récente mort louche et atroce de son grand-père. C’est donc un adolescent tourmenté qui se rend sur l’île de Cairnholm, au large des côtes du Pays de Galles, décidé à trouver des réponses.

Ben zut alors, de quoi tu te plains ma pauvre Lucette ? La mayonnaise n’a pas pris. C’est tout simple et c’est triste à dire, mais je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire. Je ne me suis pas vraiment attachée à ce pauvre Jacob, j’avais comme l’impression qu’il n’avait pas d’âge, il pouvait être très puéril et l’instant d’après un jeune ado responsable (dans ma tête c’était très flou pour lui donner une tête). En revanche, j’ai beaucoup aimé les personnages féminins et particulièrement Miss Peregrine Faucon herself ou Emma Bloom, la comparse de Jacob, elle a un caractère bien trempée et j’ai aimé l’idée qu’elle soit à la fois la fille du passé et celle du présent (et ouais t’es obligée de lire le livre si tu veux comprendre ma phrase ;))

Voilà, pour ne plus trop en dire, mais en justifiant mon avis mitigé, je dirai que les péripéties ne m’ont pas transportées plus que ça, qu’il y avait un petit côté déjà vu, alors que je ne suis pas vraiment une habituée du genre et que l’écriture m’a laissé malheureusement insensible.

C’est un peu râpé pour moi, même si les photographies et Emma Bloom rattrapent le tout. J’espère que vous m’aimez quand même toujours.

PS : J’attends tout de même avec impatience l’adaptation de Tim Burton, je voudrais que ce film me remette le pied à l’étrier afin d’envisager la lecture du tome 2.

Ma note: 3,5/5

Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro

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Cette drôle d’histoire commence au supermarché. Fabrice, caddie plein, arrive à la caisse, mais sacrilège, il n’a pas sa carte de fidélité. Il s’excuse de ce simple oubli, prétexte une simple erreur de pantalon, malheureusement la caissière et le vigile ne sont pas dupes et demandent à l’énergumène de les suivre. Pris de panique, l’homme menace la sécurité d’un poireau et s’enfuit. S’ensuit cavale et course folle pour retrouver l’ennemi public n°1, qui a en plus la mauvaise idée d’être auteur de BD…

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Mais qu’est-ce que c’est que ce bazar ? Oui, vous avez bien lu, voici un monde où notre carte de fidélité est notre identité même, où le poireau est une arme aussi dangereuse qu’un poignard, où le métier de dessinateur n’est pas des plus recommandables. Pourtant derrière cette absurdité débordante, matière à rire, c’est les travers de notre société que tourne en dérision l’auteur. Une pléthore de sujets passe sous les yeux rieurs de Fabcaro : consommation, médias, politique, valeurs et même le statut de dessinateur. On s’amuse à relire des passages hilarants, à s’épater devant ses chutes plus barrés les unes que les autres. Fabcaro fait preuve d’une imagination aussi fantasque que lucide qui s’allie à merveille aux traits minimalistes des illustrations et à cette drôle de couleur caca d’oie.

Une bande dessinée qui a rempli son défi, après ces derniers jours moroses… Un quasi coup de cœur !

Lisez aussi les avis de Folavril et Celina !

Ma note: 4,5/5

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La fractale des raviolis de Pierre Raufast

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Quatrième de couverture:

« « Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance. » Je comprends que l’on puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par curiosité, par habitude, par intérêt, par gourmandise, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. »

Comment se venger d’un mari volage ? En l’empoisonnant avec son plat préféré. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est tout un engrenage qui se met en place.

Un premier roman gigogne d’une inventivité rare, qui nous fait voyager dans l’espace et le temps.

Mon avis:

Ne vous fiez pas à ces premières phrases, La fractale des raviolis n’est pas un petit roman sur un mari volage. Ou plutôt, il n’est pas que cela. Si le roman de Pierre Raufast commence comme une vengeance de l’épouse cocufiée, c’est aussi pour mieux s’en éloigner. Car en attendant que l’eau parvienne à ébullition, qu’arrive le moment où l’on verse les pâtes dans l’eau bouillonnante et enfin qu’on puisse servir ce plat royal, que sont les raviolis, Pierre Raufast s’occupe de son lecteur. Et pour ce faire, il nous emmène à Pussemange, en Belgique, il nous entraîne aussi au tribunal, puis dans une ferme et même au XVIIIème siècle. Alors quel lien entre ces lieux, ces temps et tous ces personnages dont je me garde de vous parler pour ne rien gâcher de la surprise ? Pour le savoir, il suffit de découvrir ce délicieux roman-gigogne, aussi drôle que grinçant.

Pierre Raufast, pour son premier roman, fait preuve d’une inventivité débordante. On suit des personnages hauts en couleur et en même temps très sombres, des personnes peu recommandables qui vivent des aventures complètement fantasques. L’humour et plus précisément l’humour noir sont le moteur de ce roman très original. J’ai adoré tous ces détails que l’auteur intégraient à ses récits pour donner l’impression d’une possible véracité. D’ailleurs, je suis allée chercher sur Internet, si ces histoires auraient pu exister, mais je suis tombée sur le site de l’auteur et plus particulièrement sur ceci, ce qui m’a fait drôlement rire. Je regrette simplement de ne pas m’être attachée de la même manière à tous les récits, les stratégies militaires n’étant pas tellement mon rayon. Mais à vrai dire ce n’est pas ça qui m’a le plus chagrinée, la chose qui m’a paru dommage dans ce roman, c’est que si on a une fin très réussie en ce qui concerne la vengeance de l’épouse, le fin mot du récit dans le récit on ne la connait pas (j’imagine que pour ceux qui n’ont pas lu le livre, ce passage ne veut absolument rien dire, mais je vous promets qu’il y a un sens!).

Mais ce n’est pas si grave, je suis contente d’avoir découvert un nouvel auteur bien marrant. J’aimerais bien confirmer l’essai avec son second roman.

Ma note: 3,5/5

J’ajoute un lien vers le billet de Lilylit, fort bien écrit et en plus il y a une petite interview de l’auteur !

Jane, le renard et moi de Fanny Britt et Isabelle Arsenault

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« Je suis une saucisse de Toulouse. Un ballon de football. Un bébé truie. Une bouteille d’Orangina. Un coussin à fourchettes. Je fais fuir les garçons. Et les renards. »

Hélène ne s’aime pas trop. Elle ne voit en elle que ce que les autres écrivent sur la porte des toilettes de l’école. Ses amies ne le sont plus. Elle voit la vie en gris. Pour ne pas être seule, elle se réfugie dans la lecture du roman Jane Eyre de Charlotte Brontë. Un parallèle se crée entre le destin d’Hélène et celui de Jane. Cette dernière lui donne un peu de courage, un répit qu’elle n’ose pas demander. Quand Jane est là, le monde retrouve un peu de ses couleurs et de sa saveur. Jane Eyre ou le coup de pouce qu’il fallait pour revenir à la vie ?

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J’ai entendu parler de Jane, le renard et moi sur le blog de Madame lit. Elle y présentait un roman graphique tout en émotion, qu’il fallait absolument que je découvre. Il faut dire que le thème me parlait un peu. Une adolescente qui s’échappe de son quotidien à travers la littérature, je connais. Sans avoir connu le harcèlement scolaire, il est vrai que j’ai souvent cherché des réponses dans mes livres, que je me suis identifiée à des personnages et qui ont contribuer à faire de moi ce que je suis aujourd’hui. Hélène est une jeune fille qui doute, elle ne sait pas encore que les gens qui la méprisent ne méritent pas son attention, tandis qu’il y aura toujours un « renard », un(e) autre qui l’aimera comme elle est. Une belle histoire donc, qui plus est, fort bien écrite par Fanny Britt dont l’univers sonne juste. Sa plume est douce et poétique. Quant à l’illustratrice, Isabelle Arsenault, ses dessins sont fabuleux. Tantôt dans les tons noir et blanc, tantôt dans une explosion de couleurs, toujours réussis. Finalement, plume et aquarelles s’entendent à merveille.

À mettre entre toutes les petites et grandes mains !

Merci Madame lit pour ce moment !

Ma note: 4/5

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Les messieurs de Claire Castillon

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Quatrième de couverture:

« Corse en pendentif, santiags bleues et Mazda à toit ouvrant, à midi, Jean-Lou, lunettes noires, classe absolue, m’attendra devant le collège. »

Lycéennes effrontées ou fiancées romantiques, les jeunes filles de Claire Castillon ont un trait commun : les hommes dont elles tombent amoureuses sont plus âgés, voire bien plus âgés qu’elles. Sont-elles intrigantes ou ingénues ? Naïves ou rouées ? Les deux, sans doute. Mais ne nous y trompons pas : la cible que visent ces 21 nouvelles, ce sont avant tout ces « messieurs ». Leur légèreté est pathétique. Leur veulerie, inébranlable. À quelques exceptions près.

Suite de variations sur un thème classique, Les Messieurs sont autant de contes cruels, de brèves comédies. S’y dessinent les intermittences du désir masculin et les espoirs déçus des filles. Des histoires d’abandon, d’innocence et d’effroi comme seule en connaît l’adolescence, ce moment de fragilité extrême que Claire Castillon décrit admirablement.

Mon avis:

La nouvelle est un drôle de genre. Longtemps, je l’ai laissé au placard, jusqu’à ce qu’on apprenne à se connaître. Enfin, j’ai compris. La nouvelle ne se laisse pas avoir comme ça, elle n’est pas faite pour que le lecteur retrouve sa zone de confort, mais plutôt le bousculer.

Les jeunes filles de ces 21 nouvelles se ressemblent et se confondent. Elles ont toutes cette fragilité et cette entièreté qui caractérisent l’adolescence. Elles ne savent pas vraiment pourquoi elles tiennent à ces hommes – à ces vieux – qui parfois les dégoutent. Il faut dire que le portrait de ces « messieurs » n’est pas des plus avantageux. Mèche lustrée feignant de cacher une calvitie déjà bien installée, poils qui s’échappent des oreilles, mains de vieillards, alcoolique, seul… Les lieux et le temps s’effacent, laissant seulement place à ses passions étranges.

En lisant ce recueil, je me suis demandée qui étaient visés par la plume cinglante de Claire Castillon. Ces jeunes filles ou ces messieurs ? Y aurait-il un coupable d’ailleurs ?

Comme souvent dans les recueils de nouvelles, certaines sortent du lot. C’est pour ça que je dirai que les petites histoires de Claire Castillon ne se valent pas forcément, contrairement à son écriture. Ses mots m’ont tenu en haleine du début à la fin. Je ne saurai pas vraiment l’expliquer, mais il y a un côté totalement lucide et acerbe, et en même temps une autre facette plus naïve et ingénue, servant à merveille ses amours, ratés avant même qu’ils ne commencent.

Dérangeant et grinçant, donc, mais admirablement écrit.

La nouvelle que j’ai préférée : Le silence

Ma note: 4/5

« Je tiens à ce silence imposé dès le départ et qu’il rompt de temps à autre pour m’écrire des mots d’amour. Si tu m’écris encore, je t’interdis de me voir, l’ai-je un jour menacé, pour qu’il n’émette plus de preuves à charge […] Je demande le silence mais le temps passe et il ne parvient plus à le respecter. Il dit que les mots ne contiennent rien de mal avant de convenir qu’ils contiennent davantage que le lit que nous partageons en tremblant. »

« Je repars comme je suis venue, un peu pliée peut-être, à l’image de ma minibrosse à dents, de ma minibrosse à cheveux. J’appuie sur ma minitélécommande mentale pour éteindre ma miniflamme dans le coeur, et je marche jusqu’à ce que ma minipromenade se transforme en randonnée. »

Le journal d’Aurore, tome 1 de Marie Desplechin et Agnès Maupré

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Quatrième de couverture:

« Jeune fille seule comme un rat, affligée d’un physique monstrueux et d’une famille ennuyeuse, certainement athée, probablement lesbienne, détestant la terre entière, cherche jeune homme pour l’aimer à la folie… »

Ado moyenne d’une famille moyenne, Aurore a une vie dramatiquement lamentable, probablement déjà ratée… en pire !

Les dialogues malicieux de Marie Desplechin se marient joyeusement au dessin inventif d’Agnès Maupré, pour brosser un portrait plein de drôlerie, de finesse et d’intelligence qu’on ne se lasse pas de lire et relire.

Mon avis:

Merci à Babelio et aux éditions Rue de Sèvres.

Lorsque mes yeux se sont arrêtés sur ce titre à la dernière Masse Critique, je suis retombée quelques années en arrière. Ces années collège où une copine de classe me prêtait les romans de Marie Desplechin sur une ado aussi singulière qu’universelle. Je me souviens de cette grande rouquine sur les couvertures de L’école des loisirs et de ses répliques poilantes.

Aujourd’hui, Aurore a changé, elle est brune, plutôt garçon manqué mais se cherche toujours beaucoup. En éternel conflit avec ses sœurs, ses parents, l’école, Aurore est en pleine crise existentielle et s’imagine que sa vie est une catastrophe. Heureusement, elle peut compter sur sa voisine et meilleure amie Lola qui entend tous ses malheurs et ses questionnements. Une question revient souvent, celle à laquelle on pense tout le temps à son âge, l’amour.

Le duo Marie Desplechin et Agnès Maupré offre une bande dessinée complètement dans l’air du temps où elles mettent en lumière les déboires de bien des ados. La peur de grandir, celle de ne pas savoir dire l’amour qu’on porte à sa famille, la peur d’être laissée et abandonnée, celle de ne pas savoir aimer et être aimé en retour, la peur d’échouer. Les thèmes entourant ces questions sont traités avec humour, même si je n’ai pas retrouvé le panache qui avait rendu Aurore presque incontournable, il y a quelques années. Aussi, j’ai aimé découvrir les illustrations d’Agnès Maupré, colorées et pétillantes, pleines de détails du quotidien. L’allure qu’elle donne à ses personnages a également eu son effet sur moi. Celle d’une allure nonchalante qui est aussi adorable à regarder qu’elle doit être à la dessiner.

En bref, il m’a manqué un petit quelque chose dans cette bande dessinée. Peut-être que si je n’avais pas lu les romans auparavant, cela aurait été différent, ou bien, peut-être, simplement, ai-je grandi et Aurore m’a semblé plus agaçante ? Alors voilà sans doute, ai-je perdu un peu de ma légèreté, mais les collégiens et collégiennes qui liront cette BD seront, quant à eux, ravis de trouver bien pire qu’eux !

Ma note: 3,5/5

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Les Demeurées de Jeanne Benameur

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Quatrième de couverture:

La mère, La Varienne, c’est l’idiote du village. La petite, c’est Luce. Quelque chose en elle s’est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d’amour. Invicible. L’école menace cette fusion. L’institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l’enfant à l’ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ?
L’art de l’épure, quintessence d’émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

Mon avis:

Dans la maison de La Varienne, la tendresse ne s’exprime pas. Pas un mot, pas même un regard. Mais l’amour, bien là. Dans le village, c’est la maison de « la demeurée », ou des demeurées, car si la mère l’est, la fille l’est forcément. Stigmatisées, Luce et La Varienne, vivent à leur rythme, marqué par une musique régulière.

Pourtant, cette vie loin des rumeurs semble touchée à sa fin lorsque Luce doit entrer à l’école. La musique de leur quotidien commence à grésiller dès lors que le duo inséparable voit entrer dans la danse un troisième personnage. Mademoiselle Solange, l’institutrice prend son rôle à cœur, loin d’écouter le qu’en dira-t-on, elle a décidé qu’elle emmènerait tous ses élèves vers le savoir.

Mais Luce veut-elle apprendre ce que ne connait pas sa mère ? La rupture qu’engendre l’institutrice entre la mère et la fille n’est pas sans conséquence.

Un récit intime et poignant pour ma deuxième rencontre avec l’écriture de Jeanne Benameur. En moins de cent pages, l’auteure crée un univers particulier marqué par la musique de ses mots. Ces derniers sont âpres, mélancoliques. Le style ne se laisse pas facilement appréhender, c’est au lecteur de trouver sa place dans cette histoire. Dans cette histoire de famille qui questionne les limites de l’enseignement et l’accès au savoir. Les demeurées est un livre qui m’a profondément touchée, et encore plus car l’auteure explore toutes les facettes du mot « demeurée », lui donnant toute son humanité.

Merci Folavril pour le conseil de lecture, une nouvelle fois une très bonne recommandation !

Ma note: 4/5

« Elle croit en la vertu des choses faites en ordre et doucement. C’est toute sa vie, à Mademoiselle Solange, les mots et l’ordre des choses, et cette douceur sans limite qui lui appartient depuis qu’elle s’est retrouvée devant le regard des enfants. »

Saga de Tonino Benacquista

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Quatrième de couverture:

Mon avis:

Parfois, il y a des livres qu’on pioche de sa bibliothèque sans trop savoir pourquoi. Parce que ça fait longtemps qu’il y prend la poussière, parce qu’on ne cesse d’en parler et que la curiosité devient trop grande, parce qu’on en a envie, parce qu’on pense que c’est le moment, parce que. Parfois, on se trompe et parfois, pas. Saga, c’est ça. Un livre pris avant de partir, une histoire qui nous promet originalité et réjouissance. Il était l’heure que je le tente et ça a fonctionné.

J’ai été ravie de faire partie de l’équipe. Quatre scénaristes ratés, embauchés à la hâte pour répondre rapidement et à moindres frais à des quotas de productions télévisuelles françaises, sont chargés de donner naissance à un feuilleton prénommé Saga. On compte parmi eux, Louis, doyen de nos trublions, scénariste ayant connu son heure de gloire auprès du Maestro, aujourd’hui, il reste simplement rangé dans la catégorie has-been ; Jérome, porté par un désir de vengeance depuis qu’on lui a volé son succès, ne sait plus où dormir et comment payer les médicaments de son frère malade ; Mathilde a écrit des kilomètres d’histoires d’amour sans en vivre une seule véritable ; enfin, Marco, le narrateur, scénariste en herbe, ferait n’importe quoi pour voir son nom affiché au générique.

Bref, une équipe en bois mais peu importe ! Les seuls mots d’ordre sont de faire absolument n’importe quoi, tant que le budget reste raisonnable ! Diffusée de quatre à cinq heures du matin, si seuls les insomniaques voient les premiers épisodes, la série Saga n’a pas dit son dernier mot…

Saga est un roman où il est bon de prendre ses quartiers. On prend plaisir à s’attacher à ses personnages, à partager un café avec l’équipe en parlant de la dernière scène écrite. Comme eux, j’ai vu prendre vie ces destins et ces histoires et ai vraiment cru en ce feuilleton. L’idée d’insérer des passages du scénario y est pour beaucoup. J’ai souvent souri, des passages sont vraiment bien tournés, mais le tout reste fluide et agréable à lire. J’émets tout de même quelques réserves quant à la fin, qui m’a paru trop longue. J’aurais préféré qu’il y ait plus de mystère…

Un livre qui ne m’aurait peut-être pas fait le même effet à un autre moment… C’était le timing parfait !

Ma note: 4/5

« En y regardant de près, le travail du scénariste n’est pas très éloigné de celui du paranoïaque. Tous deux sont des scientifiques du soupçon, ils passent leur temps à anticiper sur les événements, imaginer le pire, et chercher des drames affreux derrière des détails anodins pour le reste du monde. »

Ninn, tome 1 : La ligne noire de Jean-Michel Darlot et Johan Pilet

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Quatrième de couverture:

– On t’a trouvée dans ton couffin sur un quai de la station Saint-Sulpice ! Pas dans la jungle !
– Elle change sans arrêt, ton histoire, tonton…

Mon avis:

Prenez votre ticket et descendez les marches du métro parisien. Suivez Ninn entre les différentes stations, entrez dans un monde que vous pensiez connaître…

Ninn vit avec ses deux tontons adoptifs RATPistes. Ils l’ont trouvé alors qu’elle était tout bébé dans un des souterrains. Depuis elle y passe ses journées, et ne jure que par ça. En plus d’être son lieu d’aventures, le métro parisien cache aussi le secret de ses origines.

Avec ses oncles, la gentille dame du kiosque, ce vieil homme qui chasse des papillons imaginaires et le tigre de papier, la petite fille en skate va se lancer dans une quête identitaire. Ninn est une enfant intrépide très attachante. Elle n’a pas froid aux yeux et on aime s’aventurer avec elle dans les tunnels du métro. Les décors sont précis, j’ai trouvé le lieu très original et aimé la façon dont mon imagination a été suscitée.

Bourrée de péripéties, de frissons et d’humour, cette histoire est une vraie pépite jeunesse. À quand la suite ?!

Ma note: 4,5/5

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