Entre ciel et Lou de Lorraine Fouchet

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Quatrième de couverture:

Bretagne. Jo prévoit de profiter d’une joyeuse retraite sur l’île de Groix. Mais la deuxième vie qu’il imaginait aux côtés de sa bien-aimée, il devra l’inventer seul. Son épouse est partie avant lui, en lui lançant un ultime défi : celui d’insuffler le bonheur dans le cœur de leurs enfants. Il n’a d’autre choix que d’honorer Lou, sa mémoire et ses vœux. Entre un fils sur la défensive et une fille cabossée par l’amour, la mission s’avère difficile mais réserve son lot d’heureuses surprises – car il n’est jamais trop tard pour renouer. En famille, on rit, on pleure, on s’engueule et, surtout, on s’aime !

Mon avis:

Un livre découvert sur le blog My Pretty Books, qui fourmille de belles idées de lecture. Merci pour ce joli moment de lecture !

À soixante ans, Jo vient de perdre l’amour de sa vie, Lou. L’épouse, la mère, la grand-mère, l’amie. Chaque personnage de cette histoire a perdu un petit quelque chose depuis que Lou est partie. Il faut dire que sous l’apparente carapace paisible, les mensonges et les non-dits sont monnaie courante dans cette famille. Un pilier s’en est allé. Lou l’avait bien compris, voilà pourquoi elle décide de lancer un dernier défi à son mari. Celui de se rapprocher de ses enfants, de les entendre pour qu’enfin ils se retrouvent.

Cyrian est tiraillé entre son épouse et son amante. Entre ses deux filles, Pomme et Charlotte. Entre l’image qu’il se donne et celui qu’il est vraiment.
Depuis que ce con de Patrice est parti, Sarah a mis en place une règle immuable, celle de ne jamais revoir un homme plus de deux fois. Mais…
Pomme et Charlotte, demi-soeurs différentes, cherchent leur place dans ce fatras familial.
Albane, la femme de Cyrian, enferme leur fille Charlotte dans une tour d’argent, paralysée par la peur. Refusant l’amour et l’abandon.

Jo, à sa manière, va s’immiscer dans la vie de ses enfants, de ses petites-filles, de sa belle-fille. Les comprendre pour les aider. Lou, de là où l’on se trouve après, voit les gens qu’elle aime se reconstruire, apprendre à vivre sans elle. Apprendre à s’aimer.

Entre ciel et Lou est un voyage en terre bretonne. Lorraine Fouchet nous fait embarquer en un lieu riche en traditions et recrée une atmosphère toute particulière à travers son écriture délicate. Entre le bourg et les falaises, nous distinguons ses personnages perdus dans leur quotidien. Emprunt de réel et de simplicité, les personnages sont irrémédiablement attachants. Je pense à Pomme, bien vive pour son âge. À Albane, quand nous apprenons son passé. Chaque personnage s’exprime dans ce roman, des personnages les plus récurrents comme les personnages ponctuels. Ce style rend compte des doutes et des failles de chacun, de les voir sous un nouvel angle, de les comprendre, de les rendre humain.

Les histoires de famille ont souvent ce petit quelque chose qui me touche. Entre ciel et Lou n’échappe pas à la règle. J’aurais le plaisir de le présenter lors d’une animation en librairie, tout comme Les oubliés du dimanche. Sans cette opportunité, je ne me serais peut-être pas attardée sur ces romans.

Ma note: 4/5

« Aimer un enfant, c’est faire le deuil de l’enfant rêvé, fantasmé, c’est l’accepter tel qu’il est, pas tel que nous le souhaiterions. Tu n’aurais pas choisi Cyrian comme ami. Mais c’est notre fils, Jo. C’est ton fils et il te ressemble. »

« On voulait faire le GR 20, se marier, avoir des enfants, on voulait prendre une année sabbatique à Groix pour aider la communauté avant d’enfiler nos uniformes de polytechniciens et de coiffer nos bicornes à cocarde. Mais mon amoureux s’est barré la queue entre les jambes. Alors j’étreins d’autres hommes. Je chéris Pomme. Je me gare gratos sur les places pour handicapés. Les gens s’effacent devant moi dans les files d’attente. »

Envoyée spéciale de Jean Echenoz

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Quatrième de couverture:

Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.

Mon avis:

Ça fait vingt fois que je me reprends à écrire cette chronique. Je me rends à l’évidence, je n’y arrive pas. Mes mots ne seraient pas à la hauteur du talent de Jean Echenoz. Pourtant, il faut que je vous parle de ce livre, qui à mes yeux est une prouesse littéraire.

Pour que vous ayez le plaisir de découvrir toute l’intrigue palpitante de ce roman, je vous laisse seulement avec la quatrième de couverture, mais il faut quand même que je vous donne des raisons de le découvrir. Les voici.

Si vous aimez les romans à l’intrigue improbable, courez-y.

Si vous aimez les narrateurs bavards qui ne lésinent pas sur les digressions hilarantes, lisez-le.

Si vous rêvez de découvrir Paris, la Creuse et la Corée du Nord dans un roman, faites vos valises.

Si vous aimez les équipes de bras cassés qui sont indéniablement attachants, emmitouflez-vous-y.

Si vous kiffez l’espionnage, les armes à feu et un peu l’amour, allez-y sans hésiter.

Si je ne vous ai pas encore convaincu, permettez-moi de glisser ici quelques extraits :

« Il marche en regardant ses pieds comme d’habitude, un peu de ce qui les environne et là tout l’y désole. Une carte à jouer perdue, par exemple, seule derrière le kiosque à journaux de la place Prosper-Goubaux. Ca n’a l’air de rien à première vue, une carte égarée, n’empêche que ça ruine la carrière et l’avenir d’une cinquantaine d’autres qui la pleurent sinon la maudissent, ne pouvant plus servir à rien, se retrouvant sans emploi à cause d’elle et sur le sort desquelles s’attriste Pélestor. »

« Laissé au salon, le téléphone n’aurait pas pu troubler le sommeil de Tausk qui, levé tard, aère d’abord sa chambre – l’un des grands défauts du sommeil, outre qu’il fait perdre un temps fou, étant qu’il ne sent pas très bon -, puis il essaie avec prudence de se souvenir de ses rêves, soulagé de ne s’en rappeler aucun. Et tant mieux, vraiment, car rien n’est ennuyeux comme les récits de rêve. Même s’ils ont l’air à première vue drôles, inventifs ou prémonitoires, leur prétention de film à grand spectacle est illusoire, leurs scénarios ne tiennent pas debout : voudrait-on les tourner que leur production coûterait une fortune en casting, figurants, constructions de décors, déplacements d’équipe et location de matériel – quand bien même de nos jours, grâce aux effets spéciaux, on peut faire beaucoup de choses en réduisant les coûts -, tout cela pour une audience à coup sûre nulle, sans retour sur investissement. Mauvaise idée. A de nombreux égards, le rêve est une arnaque. »

« Constance s’est retrouvée sans pouvoir bien disposer de son corps ni de ses pensées, a erré d’une pièce à l’autre sans savoir ce qu’elle allait y faire – comme il arrive quand vous revenez d’un long voyage avec la perspective confuse d’avoir beaucoup de choses à régler, ranger, mettre à jour et puis finalement non, rien, vous n’avez même pas envie de défaire votre valise, l’idée ne vous traverse même pas d’aller récupérer les mois de courrier, amoncelé chez le concierge, faute de mieux vous aller prendre une longue douche qui ne vous détend pas plus que ça, ne vous procure pas autant de plaisir que vous auriez cru. »

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Celle que vous croyez de Camille Laurens

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Quatrième de couverture:

Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Mon avis:

Vous reprendrez bien un peu de folie pour cette deuxième lecture en lice pour le prix du roman des étudiants ?

L’entrée en matière du roman vous fait tout de suite entrer dans le bain. Un prologue sans ponctuation où la voix d’une femme s’élève. Pourquoi une femme, une fois dépassée la cinquantaine, est-elle considérée comme périmée, transparente ?

« les hommes mûrissent les femmes vieillissent »

C’est à partir de ce cri d’alarme que commence l’histoire de Claire. En conséquence des faits mentionnés dans la quatrième de couverture, Claire est en hôpital psychiatrique. À la manière d’un monologue, elle raconte son histoire au docteur Marc. Comment elle s’est faite passée pour une autre, comment elle a manipulé cet homme plus jeune qu’elle, comment elle a perdu pied.

Derrière l’histoire de Claire, une romancière intervient. Camille.

En ouvrant ce livre, j’ai fait la connaissance d’une femme de quarante-huit ans, qui refuse de renoncer au désir parce que la société l’aurait décidé à sa place. À l’ère des réseaux sociaux, elle tente le tout pour le tout, faire naitre le désir d’un homme alors qu’il ne l’a jamais vu. Mais ce n’est pas qu’une histoire de flirt, puisque Camille Laurens ne cesse de nous manipuler. D’un chapitre à l’autre, les points de vue diffèrent, les événements se modifient, on ne sait plus qui est le maître du jeu. Et alors quand l’écrivain prend la parole, on ne sait plus ce qui tient pour vrai.

L’architecture de ce roman est addictive. Chaque page tournée et l’envie de connaître l’issue de cette histoire m’a envahie. J’ai adoré être ballottée de certitudes en certitudes et voir le château de cartes s’effondrer. Les réflexions de l’auteure sur l’amour et le désir, quoique parfois ardues à comprendre pour ma part, ont été tellement intéressantes que je pouvais rester plusieurs minutes sur une même page.

Celle que vous croyez est un roman prenant. Malgré une différence d’âge importante entre le personnage principal et moi-même, le constat fait sur le devenir des femmes après un certain âge ne peut laisser indifférent.

« Oh oui, je vous choque. Je le vois bien. Vous riez jaune. Vous me prenez pour une bourgeoise. Une petite bourge qui confond son sort avec celui des putes et des sacrifiées. Une hystérique. C’est ça, le diagnostic, non ? Encore une qui pense avec son utérus. »

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Un soir de décembre de Delphine de Vigan

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Quatrième de couverture:

Quarante-cinq ans, une femme, deux enfants, une vie confortable, et soudain l’envie d’écrire, le premier roman, le succès, les lettres d’admirateurs… Parmi ces lettres, celles de Sara, empreintes d’une passion ancienne qu’il croyait avoir oubliée. Et qui va tout bouleverser. Au creux du désir, l’écriture suit la trajectoire de la mémoire, violente, instinctive et trompeuse.

« C’est l’histoire d’une femme qu’il a peut-être oubliée, qui peu à peu se dessine, refait surface, cherche de l’air… »

Mon avis:

La quatrième de couverture présente ce roman comme une histoire d’adultère. Si seulement c’était si simple. Matthieu Brin, marié et père de deux garçons, publie son premier roman à quarante-cinq ans. Le succès est immédiat et fulgurant. Interviews, conférences, dédicaces. Parmi les lettres d’admirateurs, l’une retient son attention. Une écriture appliquée à l’encre bleue, et le souvenir d’une femme qu’il croyait avoir oublié refait surface.

À travers les lettres de Sara, Matthieu retrouve le goût d’écrire, porté par la réminiscence des moments passés près de la jeune femme. Mais, ce souvenir a un prix et les conséquences ne tarderont pas à venir.

Un soir de décembre est une lecture qui avait mal commencé. D’abord l’écriture, elle m’a semblé plus froide et plus distante que dans No et moi. Puis, le personnage, dès que j’ouvrais le livre, impossible de me souvenir du nom du héros sans un retour en arrière. L’emploi du « il » y étant certainement pour quelque chose, Matthieu m’est longtemps resté étranger. Tout simplement, au début de ce roman, je me suis sentie exclue de cette histoire.

Petit à petit, j’ai retrouvé la plume qui m’avait charmé dans No et moi. Une écriture simple qui trouve les mots justes. C’est dingue comme l’auteure a le pouvoir de dire les émotions, les sentiments, les corps, le quotidien. J’ai à chaque fois été étonnée qu’elle puisse aller si loin. Le désir est palpable, résolument bien écrit. La déchéance du héros, elle devient de plus en plus oppressante au fil des pages.

Au fur et à mesure, j’ai apprivoisé chaque personnage de cette histoire : l’homme marié, l’épouse trompée, la maîtresse. Sans aucun jugement, Delphine de Vigan dresse leur portrait, leur choix. J’ai adoré le personnage de Matthieu comme je l’ai détesté.

Ce fut une lecture intense où j’avais difficulté à reprendre le livre tant il fait naître des émotions en soi et fait réfléchir. D’une certaine manière.

J’aurais aimé vous en dire plus sur cette histoire, sur mes ressentis, mais je ne voudrais pas gâcher la surprise si jamais vous tenter cette lecture, aux heures d’hiver ou non.

Ma note: 4/5

Citation:

« Je conjugue le verbe attendre, j’en épuise le sens, sur tous les modes, sur tous les tons. J’attends le bus, j’attends mon heure, j’attends que tu viennes, j’attends mon tour, attends-moi, attends que je t’y reprenne, j’attends que jeunesse se passe, j’attends de pied ferme, j’attends le bon moment, tout vient à point à qui sait attendre, le train n’attendra pas, j’attends qu’il revienne, je l’attend comme le messie, ça attendra demain, qu’attends-tu de moi, j’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours, je n’attends pas après toi, je n’attends pas d’enfant, j’attends q’il me rappelle, j’attends qu’il me parle, en attendant mieux, je ne m’y attendais pas, surtout ne m’attends pas. »

Entre chien et loups de Sophie Dujardin

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Quatrième de couverture:

C’est l’histoire d’un chien, et c’est une tranche de vie à travers le regard de ce chien. Une famille qui vit et qui meurt. Un cancer qui exulte. Des souffrances qui divisent. Une famille qui se brise. Des portraits au vitriol. La douleur de l’humain sous les yeux innocents d’un chien fidèle.

Mon avis:

Merci à l’auteur de m’avoir gentiment envoyé son livre en format numérique.

Vous êtes-vous déjà demandé ce que pouvais penser un fidèle compagnon à quatre pattes ? Que pourrait-il dire si la parole lui était donnée ? C’est à cet exercice que se prête Sophie Dujardin dans son roman Entre chien et loups.

L’auteur propose un court roman où chaque événement est vue à travers les yeux innocents d’un chien. Adoptée par une femme attentionnée, la jeune chienne fait la connaissance du monde qui l’entoure avec une énergie et une joie de vie débordantes. Mais son innocence est mise à rude épreuve lorsqu’elle comprend que le père de sa maîtresse est gravement malade.

Commence alors le récit d’une famille qui se déchire. Les non-dits sont pesants, étouffants. Les liens familiaux s’étiolent tandis que le cancer progresse.

Dans cet auto-portrait, Sophie Dujardin évoque la perte d’un être cher. Par pudeur et avec tristesse, elle raconte son histoire à travers le regard de son animal de compagnie, car la douleur est indicible, la souffrance difficile à évoquer en son nom.

Entre chien et loups est un auto-portrait émouvant. À découvrir.

Ma note: 3,5/5

« Ce récit, je le déteste autant que je l’’aime.
Je le déteste parce que j’’aurais voulu ne jamais avoir à l’’écrire.
Je l’’aime parce qu’’il parle de mon père. »

Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

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Quatrième de couverture:

Mon ange de bleu
Bleu du ciel
Bleu des rivières
Source de vie

La vie de Clémentine bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir et lui permettra d’affronter le regard des autres. Un récit tendre et sensible.

Mon avis:

Clémentine, une fille comme les autres.

Clémentine a seize ans et un petit copain. Elle l’aime bien pourtant, dans l’intimité quelque chose ne va pas. Ça l’a chagrine cette histoire, Clémentine. Et lorsqu’elle croise par hasard une jeune fille aux cheveux bleus au bras d’une autre fille, autant dire que c’est une tornade dans la vie de l’adolescente.

Sans nul doute cette inconnue l’attire et fait naitre chez elle des sentiments nouveaux. Elle s’appelle Emma et aime les filles. Etudiante en art, Emma devient peu à peu une amie pour Clémentine et bien plus.

C’est l’histoire d’un amour plus fort que la bêtise. Clémentine a honte d’aimer une fille. Il faut dire qu’elle a un entourage qui ne s’y connait pas trop en « différence » et ouverture d’esprit. Les propos sont violents et ne font que culpabiliser Clémentine, contrainte de cacher ses sentiments, contrainte de se mentir pour être aimé, contrainte de choisir.

Julie Maroh écrit et dessine là une histoire d’amour sublime. En noir et blanc, les planches laissent tout de même encore passer l’espoir, ce bleu, une couleur si chaude… Les gros plans capturent l’instant. Surtout les visages, intenses et expressifs. Amour et mélancolie sont mes mots pour résumer cet ouvrage. Dommage pour les quelques fautes d’orthographe !

Clémentine est une fille comme les autres, c’est eux qui ne veulent pas le voir.

Ma note: 4/5

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Demain j’arrête ! de Gilles Legardinier

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Quatrième de couverture:

Et vous, quel est le truc le plus idiot que vous ayez fait de votre vie ? Au début, c’est à cause de son nom rigolo que Julie s’est intéressée à son nouveau voisin. Mais très vite, il y a eu tout le reste : son charme, son regard, et tout ce qu’il semble cacher… Parce qu’elle veut tout savoir de Ric, Julie va prendre des risques de plus en plus délirants…

Mon avis:

Sans doute, cet avis passera inaperçu, tant de choses ont été dites sur ce roman. Mais on ne sait jamais s’il y a encore un quelconque lecteur potentiel à convaincre…

Depuis le temps qu’il fallait que je découvre ce qui se cachait derrière ces couvertures flamboyantes à chats, c’est maintenant chose faite avec Demain j’arrête.

Julie Tournelle a 28 ans, ouvre des comptes d’épargne et fait signer des assurances auto, a un patron sur le dos aussi aimable qu’une porte de prison, et vient de se faire larguer. Bref, c’est pas la joie. Heureusement, Julie peut compter sur ses amis et sur son caractère loufoque pour amener un peu de chaleur et de magie dans sa vie. D’autant plus, qu’un charmant jeune homme au tendre nom de « Ricardo Patatras » vient d’emménager au-dessus de chez elle. Et si ça, ce n’est pas l’espoir d’une nouvelle vie pour Julie, mais qu’est-ce que c’est ? Les aventures de Julie promettent des étincelles !

Le personnage de Julie est complètement barrée. Elle est d’une folie sans nom, et possède un sens du raisonnement assez personnel, tant les décisions qu’elle prend sont surréalistes. Mais finalement, son entourage n’est pas triste non plus, entre ses dîners entre copines célibataires, ses parents qui attendent impatiemment qu’elle leur fasse des petits-enfants, en passant par un ami d’enfance qui construit la voiture du futur dans son garage, la vie de Julie est loin d’être des plus banales. On sourit beaucoup à la lecture de ce roman, c’est frais et léger, même si certains passages sont aussi très tendres, comme l’amitié qui lie Julie avec sa vieille voisine Mme Roudan, ou encore les chamailleries de la boulangère Mme Bergerot et l’épicier Mohamed qui témoignent en fait d’une forte affection l’un envers l’autre. Il faut dire que Gilles Legardinier se montre bienveillant à l’égard ses personnages, c’est parfois un peu le monde des bisounours, mais cette solidarité réchauffe le coeur. On s’attache sincèrement à ce petit monde et encore plus à Julie qui se donne un mal de chien pour aider ses amis et à séduire le mystérieux Ric.

Le style est simple et les courts chapitres font que le livre se lit très vite. C’est devenue rare que je lise ce genre de livre, mais celui-ci m’a bien plu. À voir si je retente l’expérience des couvertures à chat !

Ma note: 3,5/5

Citations:

« Chaque soir, le monde se divise en deux grandes catégories : ceux qui vont s’endormir comme des marmottes, et les autres qui auront des cernes le lendemain. Chacun son tour, on passe d’un camp à l’autre au gré de nos vies. »

« Au mieux, il va me prendre pour une prostituée de la cordillère des Andes qui fait le tapin en attendant une éclipse. »

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables de Philippe Delerm

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Quatrième de couverture:

« Merci pour la purée, pour Alain de Botton, pour le vin chaud, pour Léautaud, pour les Mustang de don Pedro, pour Flaubert et la menthe à l’eau, pour la pizza des pas perdus, les nuits anglaises de Dickens et les secrets du mousseux tiède. Bien sûr que l’on dévore encore. Comment se souvenir sinon d’avoir pu dévorer ? »

Mon avis:

Je plaide coupable, j’ai (encore) choisi un livre pour son titre. En même temps, comment résister à l’association d’un immense écrivain anglais et une sucrerie nuageuse qui colle aux doigts sur une même couverture. Mais c’était aussi un prétexte pour découvrir le talent de Philippe Delerm.

Que raconte-t-il cette fois-ci Philippe ? De la purée à Proust, en passant par Balzac et les fast-food, ces courtes nouvelles nous entrainent dans une spirale nostalgique, empli de saveurs gustatives et littéraires, servi par une plume des plus agréable. L’écriture de Philippe Delerm est très belle, métaphorique et imagée, elle sert à merveille le récit de ses petits plaisirs quotidiens. Cependant, ce verbe très plaisant tend à s’étioler car l’on finit par s’ennuyer. Ces petites histoires ne m’ont pas emporté, je n’ai pas particulièrement souri, ni ai été émue. L’auteur suggère des détails de la vie de tous les jours, mais ses paroles n’apportent rien, on dirait un simple constat.

L’écriture de Delerm n’aura pas suffi à me transporter. Je suis tout de même contente d’avoir découvert l’un de ses écrits et ressort avec un délicieux souvenir : vous vous rappelez de Crin-Blanc ?

Ma note: 3/5

Citation:

« Il y avait des pommes d’amour. Ça on essayait juste une fois : ce rouge grenadine un peu brillant autour de la pomme faisait vraiment envie, mais après avoir cassé du bout des dents l’enveloppe de sucre, on était plutôt déçu de sentir l’acidité d’une vraie pomme ; on avait l’impression de se faire avoir, de croquer à l’ordinaire, un peu embarrassé par les éclats rougeoyants durs qui ne paraissaient plus du tout magiques, et empêchaient juste de manger normalement une pomme tristement banale. »

Je l’aimais de Anna Gavalda

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Quatrième de couverture:

« On biaise, on s’arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animal familier. On la caresse, on la dresse, on s’y attache. C’est la vie. II y a les courageux et puis ceux qui s’accommodent. C’est tellement moins fatigant de s’accommoder… »

A-t-on le droit de tout quitter, femme et enfants, simplement parce que l’on se rend compte – un peu tard – que l’on s’est peut-être trompé ? Adrien est parti. Chloé et leurs deux filles sont sous le choc. Le père d’Adrien apporte à la jeune femme son réconfort. À sa manière : plutôt que d’accabler son fils, il semble lui porter une certaine admiration. Son geste est égoïste, certes, mais courageux. Lui n’en a pas été capable. Tout au long d’une émouvante confidence, il raconte à sa belle-fille comment, jadis, en voulant lâchement préserver sa vie, il a tout gâché.

Mon avis:

C’était un risque, lire le livre après avoir vu le film. D’autant plus que j’avais adoré l’adaptation de Zabou Breitman portée par Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze. Avec un premier qui m’épate toujours et une seconde qui a un charme fou, lourd était le poids sur les épaules d’Anna Gavalda.

Bien qu’ayant très peur d’avoir l’ombre des acteurs sur les personnages créés par l’auteure, le roman a su se faire une place auprès de moi. J’ai trouvé qu’il complétait l’histoire ébauchée par ma découverte du film.

Le mari de Chloé a quitté femme et enfants pour partir avec une autre. Pour Chloé, qui ne s’est rendu compte de rien, c’est un coup de massue. Mais son beau-père prend les choses en main, et l’emmène, elle et les filles, dans sa maison de campagne. Ce sont des journées à tenter de faire bonne figure et des nuits à pleurer. Jusqu’à ce soir, où son beau-père Pierre, lui explique le courage de son fils, lui qui bien des années auparavant, a laissé partir l’amour de sa vie.

Encore la découverte d’une nouvelle plume ce mois-ci et ce n’est pas pour me décevoir. Même si l’histoire m’a bien plus charmée que le style de l’auteure, j’en ai appris davantage sur les personnages que j’avais si bien aimé. Chloé a un rôle bien moins mièvre dans le roman. C’est une joute verbale qui se met en place entre elle et Pierre et à travers elle, nous apprivoisons et comprenons le personnage de Pierre. Comment excuser et pardonner un homme qui détruit tout ce que lui et sa femme avaient construit ? Mais pourquoi rester, si l’amour n’est plus aussi beau et entier ?

Je l’aimais, c’est aussi l’histoire d’un adultère et d’une passion et là, le film est fidèle… Un homme lâche qui fait des promesses et une femme malheureuse qui attend. Ils s’aiment mais il doit faire un choix et il n’y arrive pas. C’est beau et c’est triste.

Bref, et comme à chaque fois que j’aime quelque chose, je ne sais pas en parler. Alors allez découvrir le film. Ou le livre. Ou les deux. (Si ce n’est pas déjà fait, il n’y a que moi pour découvrir des livres dix ans après tout le monde.)

Ma note: 4/5

Citation:

« Maintenant, j’aimerais bien m’arrêter de courir un peu parce que je trouve que la vie est belle avec vous. Je vous l’avais dit que j’essaierai de vivre sans vous… J’essaie, j’essaie, mais je ne suis pas très vaillante, je pense à vous tous le temps. Alors je vous le demande maintenant et pour la dernière fois peut-être, qu’avez-vous l’intention de faire de moi ? »

Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent

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Quatrième de couverture:

Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au service d’une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zerstor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuillets sauvés la veille des dents de fer de la machine …
Dans des décors familiers transformés par la magie des personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu’on rencontre rarement.

Mon avis:

Tous les matins, il prend le train du 6h27. Il lit quelques pages aux usagers qui veulent bien l’écouter pour s’éloigner d’un métier qu’il déteste : attention amoureux de lecture… Guylain Vignolles travaille dans une usine de pilonnage de livres. Chaque jour des camions emplis de livres nourrissent la Chose, machine infernale qui prend un malin plaisir à détruire tout ce qui entre en elle. Guylain sauve quelques pages une fois le soir venu et les lit dans le RER, seule manière de contrer un peu l’horreur de la machine.
Guylain Vignolles, injustement surnommé Vilain Guignol, vit entre un patron con comme un manche un balai et un employé aussi con que le dit patron, a pour ami un poisson rouge, un cul-de-jatte à la recherche de ses jambes disparues et un homme qui ne s’exprime qu’en alexandrins. Mais dans cette histoire il est aussi question de maison de retraite, de clé USB et d’amour.

Le liseur du 6h27 fut une belle surprise. Alors que le livre commence de manière assez mélancolique, avec un Guylain spectateur de sa vie, la mise en place de l’intrigue a suffit à me faire entrer dans l’histoire. Je me suis peu à peu attachée au personnage principal et aux personnages secondaires doucement dingues. À la moitié du roman, la plume de l’auteur m’a semblé moins fade, la légèreté et la drôlerie du livre a fait son apparition. Dommage que la fin m’est un peu laissé sur la faim !
Un court roman pour passer un bon moment.

Ma note: 3,5/5

Citation:

« Et bien sûr, comme tous les ans, c’est ce même nombre désespérant qui a envahi l’écran. 14 717. Je rêve toujours d’un nombre plus chaleureux, plus rondouillard, plus agréable à l’œil. Un nombre avec en son sein quelques zéros bien ventrus, voire des huit, des six ou des neuf pansus à souhait. Un beau trois, généreux come une poitrine de nourrice, suffirait amplement à mon bonheur. 14 717, c’est tout en os, un nombre pareil. Ça vous expose sa maigreur sans détour, vous agresse la rétine de l’aigu de ses angles. Quoique vous fassiez, une fois posé sur le papier, ça reste toujours une suite de droites fracturées. Il suffirait d’une seule faïence de plus ou de moins pour habiller ce nombre antipathique d’un début de rondeur avenante. »