Magnus de Sylvie Germain

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Quatrième de couverture:

« D’un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d’incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire ? »

Franz-Georg, le héros de « Magnus », est né avant guerre en Allemagne. De son enfance, « il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu’au jour de sa naissance ». Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désaprendre ce passé qu’on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l’oreille roussie : Magnus.
Dense, troublante, cette quête d’identité a la beauté du conte et porte le poids implacable de l’Histoire. Elle s’inscrit au coeur d’une oeuvre impressionnante de force et de cohérence qui fait de Sylvie Germain un des écrivains majeurs de notre temps.

Mon avis:

À l’âge de cinq ans, le petit Franz-Georg perd la mémoire. Sa mère, Théa Dunkeltal, lui conte tous les soirs l’illustre histoire de sa famille. Celle de ces deux oncles surtout qui lui ont donné son nom. Franz et Georg, morts en héros pour le IIIe Reich. Le petit Franz-Georg est encore trop fragile pour comprendre l’adulation démesurée de sa mère pour Hitler, ni même cet étrange endroit saturé de gens venus de toute l’Europe où travaille son père Clemens en tant que médecin.

Dans le chaos de son esprit, le jeune garçon avance dans le monde. Ce qu’il voit, ce qu’il entend, sont une façon de rééduquer sa mémoire. Pourtant, tant d’éléments semblent encore hors d’atteinte. Seul cet ours rassurant appelé Magnus et détesté par sa mère, semble détenir le secret de son passé.

Le lecteur suit la fin de la légende. Cet enfant qui considérait ses parents comme des êtres élégants et charismatiques assiste au spectacle de leurs mensonges et de leurs crimes. La fuite le fait changer de nom. Mais ce ne sera que la première fois. Le jeune garçon ne sait pas encore jusqu’où le poids des noms va l’emmener.

Ce roman, le premier de Sylvie Germain que je lis, est un roman initiatique où le personnage principal est en constant combat avec son passé. Le jeune garçon, qui n’a grandi qu’à travers le tableau qu’on a voulu lui faire croire, a tout à réapprendre et il y tient. On cherche à ses côtés les indices de son identité. On démêle le vrai du faux. On lit la petite et la grande histoire. On est touché par cet être fait de vide.

La plume de l’auteure rend à merveille ces fragments de mémoire ponctués de références littéraires, comme Shakespeare ou Thomas Hardy.

Magnus est un magnifique roman, dont je regrette seulement la brièveté et cette fin à laquelle je ne me fais pas du tout.

Ma note: 4/5

Lisez aussi l’avis de Mes pages versicolores !

« Voilà donc à quoi se réduit une vie, un corps qui fut si ardemment en marche, bruissant de paroles, de rires et de cris, mû par d’innombrables projets, d’insatiables désirs: une poignée de cendres blêmes solubles dans le vent. »

« Chacun porte son poids de temps dans la discrétion; rien n’est renié ni effacé, mais ils savent qu’il est vain de vouloir tout raconter, qu’on ne peut pas partager avec un autre, aussi intime soit-il, ce que l’on a vécu sans lui, hors de lui, qu’il s’agisse d’un amour ou d’une haine. Ce qu’ils partagent, c’est le présent, et leurs passés respectifs se décantent en silence à l’ombre radieuse de ce présent. »

La fractale des raviolis de Pierre Raufast

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Quatrième de couverture:

« « Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance. » Je comprends que l’on puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par curiosité, par habitude, par intérêt, par gourmandise, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. »

Comment se venger d’un mari volage ? En l’empoisonnant avec son plat préféré. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est tout un engrenage qui se met en place.

Un premier roman gigogne d’une inventivité rare, qui nous fait voyager dans l’espace et le temps.

Mon avis:

Ne vous fiez pas à ces premières phrases, La fractale des raviolis n’est pas un petit roman sur un mari volage. Ou plutôt, il n’est pas que cela. Si le roman de Pierre Raufast commence comme une vengeance de l’épouse cocufiée, c’est aussi pour mieux s’en éloigner. Car en attendant que l’eau parvienne à ébullition, qu’arrive le moment où l’on verse les pâtes dans l’eau bouillonnante et enfin qu’on puisse servir ce plat royal, que sont les raviolis, Pierre Raufast s’occupe de son lecteur. Et pour ce faire, il nous emmène à Pussemange, en Belgique, il nous entraîne aussi au tribunal, puis dans une ferme et même au XVIIIème siècle. Alors quel lien entre ces lieux, ces temps et tous ces personnages dont je me garde de vous parler pour ne rien gâcher de la surprise ? Pour le savoir, il suffit de découvrir ce délicieux roman-gigogne, aussi drôle que grinçant.

Pierre Raufast, pour son premier roman, fait preuve d’une inventivité débordante. On suit des personnages hauts en couleur et en même temps très sombres, des personnes peu recommandables qui vivent des aventures complètement fantasques. L’humour et plus précisément l’humour noir sont le moteur de ce roman très original. J’ai adoré tous ces détails que l’auteur intégraient à ses récits pour donner l’impression d’une possible véracité. D’ailleurs, je suis allée chercher sur Internet, si ces histoires auraient pu exister, mais je suis tombée sur le site de l’auteur et plus particulièrement sur ceci, ce qui m’a fait drôlement rire. Je regrette simplement de ne pas m’être attachée de la même manière à tous les récits, les stratégies militaires n’étant pas tellement mon rayon. Mais à vrai dire ce n’est pas ça qui m’a le plus chagrinée, la chose qui m’a paru dommage dans ce roman, c’est que si on a une fin très réussie en ce qui concerne la vengeance de l’épouse, le fin mot du récit dans le récit on ne la connait pas (j’imagine que pour ceux qui n’ont pas lu le livre, ce passage ne veut absolument rien dire, mais je vous promets qu’il y a un sens!).

Mais ce n’est pas si grave, je suis contente d’avoir découvert un nouvel auteur bien marrant. J’aimerais bien confirmer l’essai avec son second roman.

Ma note: 3,5/5

J’ajoute un lien vers le billet de Lilylit, fort bien écrit et en plus il y a une petite interview de l’auteur !

Les Demeurées de Jeanne Benameur

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Quatrième de couverture:

La mère, La Varienne, c’est l’idiote du village. La petite, c’est Luce. Quelque chose en elle s’est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d’amour. Invicible. L’école menace cette fusion. L’institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l’enfant à l’ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ?
L’art de l’épure, quintessence d’émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

Mon avis:

Dans la maison de La Varienne, la tendresse ne s’exprime pas. Pas un mot, pas même un regard. Mais l’amour, bien là. Dans le village, c’est la maison de « la demeurée », ou des demeurées, car si la mère l’est, la fille l’est forcément. Stigmatisées, Luce et La Varienne, vivent à leur rythme, marqué par une musique régulière.

Pourtant, cette vie loin des rumeurs semble touchée à sa fin lorsque Luce doit entrer à l’école. La musique de leur quotidien commence à grésiller dès lors que le duo inséparable voit entrer dans la danse un troisième personnage. Mademoiselle Solange, l’institutrice prend son rôle à cœur, loin d’écouter le qu’en dira-t-on, elle a décidé qu’elle emmènerait tous ses élèves vers le savoir.

Mais Luce veut-elle apprendre ce que ne connait pas sa mère ? La rupture qu’engendre l’institutrice entre la mère et la fille n’est pas sans conséquence.

Un récit intime et poignant pour ma deuxième rencontre avec l’écriture de Jeanne Benameur. En moins de cent pages, l’auteure crée un univers particulier marqué par la musique de ses mots. Ces derniers sont âpres, mélancoliques. Le style ne se laisse pas facilement appréhender, c’est au lecteur de trouver sa place dans cette histoire. Dans cette histoire de famille qui questionne les limites de l’enseignement et l’accès au savoir. Les demeurées est un livre qui m’a profondément touchée, et encore plus car l’auteure explore toutes les facettes du mot « demeurée », lui donnant toute son humanité.

Merci Folavril pour le conseil de lecture, une nouvelle fois une très bonne recommandation !

Ma note: 4/5

« Elle croit en la vertu des choses faites en ordre et doucement. C’est toute sa vie, à Mademoiselle Solange, les mots et l’ordre des choses, et cette douceur sans limite qui lui appartient depuis qu’elle s’est retrouvée devant le regard des enfants. »

Saga de Tonino Benacquista

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Quatrième de couverture:

Mon avis:

Parfois, il y a des livres qu’on pioche de sa bibliothèque sans trop savoir pourquoi. Parce que ça fait longtemps qu’il y prend la poussière, parce qu’on ne cesse d’en parler et que la curiosité devient trop grande, parce qu’on en a envie, parce qu’on pense que c’est le moment, parce que. Parfois, on se trompe et parfois, pas. Saga, c’est ça. Un livre pris avant de partir, une histoire qui nous promet originalité et réjouissance. Il était l’heure que je le tente et ça a fonctionné.

J’ai été ravie de faire partie de l’équipe. Quatre scénaristes ratés, embauchés à la hâte pour répondre rapidement et à moindres frais à des quotas de productions télévisuelles françaises, sont chargés de donner naissance à un feuilleton prénommé Saga. On compte parmi eux, Louis, doyen de nos trublions, scénariste ayant connu son heure de gloire auprès du Maestro, aujourd’hui, il reste simplement rangé dans la catégorie has-been ; Jérome, porté par un désir de vengeance depuis qu’on lui a volé son succès, ne sait plus où dormir et comment payer les médicaments de son frère malade ; Mathilde a écrit des kilomètres d’histoires d’amour sans en vivre une seule véritable ; enfin, Marco, le narrateur, scénariste en herbe, ferait n’importe quoi pour voir son nom affiché au générique.

Bref, une équipe en bois mais peu importe ! Les seuls mots d’ordre sont de faire absolument n’importe quoi, tant que le budget reste raisonnable ! Diffusée de quatre à cinq heures du matin, si seuls les insomniaques voient les premiers épisodes, la série Saga n’a pas dit son dernier mot…

Saga est un roman où il est bon de prendre ses quartiers. On prend plaisir à s’attacher à ses personnages, à partager un café avec l’équipe en parlant de la dernière scène écrite. Comme eux, j’ai vu prendre vie ces destins et ces histoires et ai vraiment cru en ce feuilleton. L’idée d’insérer des passages du scénario y est pour beaucoup. J’ai souvent souri, des passages sont vraiment bien tournés, mais le tout reste fluide et agréable à lire. J’émets tout de même quelques réserves quant à la fin, qui m’a paru trop longue. J’aurais préféré qu’il y ait plus de mystère…

Un livre qui ne m’aurait peut-être pas fait le même effet à un autre moment… C’était le timing parfait !

Ma note: 4/5

« En y regardant de près, le travail du scénariste n’est pas très éloigné de celui du paranoïaque. Tous deux sont des scientifiques du soupçon, ils passent leur temps à anticiper sur les événements, imaginer le pire, et chercher des drames affreux derrière des détails anodins pour le reste du monde. »

Un peu de Paris de Sempé

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Quatrième de couverture:

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Mon avis:

Paris embouteillé, Paris en foule, Paris la nuit, Paris manifestante, Paris en roller, la ville lumière passe sous les crayons de Sempé. Ses traits ronds et tendres apportent un charme désuet à ce Paris actuel. Sous ses yeux observateurs, on regarde défiler la vie. Comme dans ses illustrations du Petit Nicolas, le dessinateur nous emmène dans un univers chaleureux, que l’on aime avoir chez soi pour rêver et s’évader les soirs de pluie.

Moi, la petite provinciale, je suis charmée.

Ma note : 4,5/5

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Passion simple d’Annie Ernaux

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Quatrième de couverture:

« À partir du mois de septembre de l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi.»

Mon avis:

Ce roman autobiographique d’Annie Ernaux raconte la passion. Celle d’une femme, pour un homme marié et étranger. Seul le point de vue d’Annie Ernaux est narré, on dispose de très peu d’informations sur l’homme, même pas son nom entier. Comme le montre la quatrième de couverture citée plus haut, ce court roman raconte le désir, l’attente, l’angoisse de cette femme. Pourtant chaque femme (et même homme !) peut se retrouver dans cette histoire car l’auteur évoque avec justesse des sentiments totalement légitimes : envie de rien hormis l’homme aimé, des souhaits pour le voir, pour qu’il reste encore, l’achat de nouveaux vêtements pour qu’elle devienne indispensable etc.
Histoire universelle que celle de la passion amoureuse.

J’ai découvert cette auteure pour la première fois et je dois dire que le style m’a plu, même s’il a été parfois compliqué à comprendre. Les phrases sont directes et parlent de l’essentiel, mais elles sont parfois longues et on s’y perd un peu. Cependant, j’ai aimé les notes qu’elle a ajoutées, où elle se demande pourquoi elle est passée tout à coup d’un temps verbal à un autre. Ce sont certes des notes d’écrivain mais cela ne perd pas de vue le fait que l’auteur est avant tout une femme amoureuse.
Également, j’ai apprécié le fait qu’elle se pose des questions sur la publication de cette expérience autobiographique, ses conséquences. Son style a un caractère sociologique, à travers son histoire, il y a vraiment le parcours d’une Femme qui est exposé et cela rappelle le côté universel de cette histoire.
Ce roman ne me semble pas du tout mélancolique (car on pourrait croire que le thème de la passion ne relie qu’à la destruction), mais au contraire, il est empli de sagesse et de reconnaissance. À la fin du roman on assiste réellement à une renaissance.

Même si ce ne fut pas un coup de cœur, ce roman de moins de cent pages a réussi à attiser ma curiosité !

Ma note: 3/5

Citation:

Quand j’allais dans la cuisine, chercher des glaçons, je levais les yeux vers la pendule accrochée au-dessus de la porte,« plus que deux heures », « une heure », ou « dans une heure je serai là et il sera reparti ». Je me demandais avec stupeur : « Où est le présent ? »