Entre ciel et Lou de Lorraine Fouchet

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Quatrième de couverture:

Bretagne. Jo prévoit de profiter d’une joyeuse retraite sur l’île de Groix. Mais la deuxième vie qu’il imaginait aux côtés de sa bien-aimée, il devra l’inventer seul. Son épouse est partie avant lui, en lui lançant un ultime défi : celui d’insuffler le bonheur dans le cœur de leurs enfants. Il n’a d’autre choix que d’honorer Lou, sa mémoire et ses vœux. Entre un fils sur la défensive et une fille cabossée par l’amour, la mission s’avère difficile mais réserve son lot d’heureuses surprises – car il n’est jamais trop tard pour renouer. En famille, on rit, on pleure, on s’engueule et, surtout, on s’aime !

Mon avis:

Un livre découvert sur le blog My Pretty Books, qui fourmille de belles idées de lecture. Merci pour ce joli moment de lecture !

À soixante ans, Jo vient de perdre l’amour de sa vie, Lou. L’épouse, la mère, la grand-mère, l’amie. Chaque personnage de cette histoire a perdu un petit quelque chose depuis que Lou est partie. Il faut dire que sous l’apparente carapace paisible, les mensonges et les non-dits sont monnaie courante dans cette famille. Un pilier s’en est allé. Lou l’avait bien compris, voilà pourquoi elle décide de lancer un dernier défi à son mari. Celui de se rapprocher de ses enfants, de les entendre pour qu’enfin ils se retrouvent.

Cyrian est tiraillé entre son épouse et son amante. Entre ses deux filles, Pomme et Charlotte. Entre l’image qu’il se donne et celui qu’il est vraiment.
Depuis que ce con de Patrice est parti, Sarah a mis en place une règle immuable, celle de ne jamais revoir un homme plus de deux fois. Mais…
Pomme et Charlotte, demi-soeurs différentes, cherchent leur place dans ce fatras familial.
Albane, la femme de Cyrian, enferme leur fille Charlotte dans une tour d’argent, paralysée par la peur. Refusant l’amour et l’abandon.

Jo, à sa manière, va s’immiscer dans la vie de ses enfants, de ses petites-filles, de sa belle-fille. Les comprendre pour les aider. Lou, de là où l’on se trouve après, voit les gens qu’elle aime se reconstruire, apprendre à vivre sans elle. Apprendre à s’aimer.

Entre ciel et Lou est un voyage en terre bretonne. Lorraine Fouchet nous fait embarquer en un lieu riche en traditions et recrée une atmosphère toute particulière à travers son écriture délicate. Entre le bourg et les falaises, nous distinguons ses personnages perdus dans leur quotidien. Emprunt de réel et de simplicité, les personnages sont irrémédiablement attachants. Je pense à Pomme, bien vive pour son âge. À Albane, quand nous apprenons son passé. Chaque personnage s’exprime dans ce roman, des personnages les plus récurrents comme les personnages ponctuels. Ce style rend compte des doutes et des failles de chacun, de les voir sous un nouvel angle, de les comprendre, de les rendre humain.

Les histoires de famille ont souvent ce petit quelque chose qui me touche. Entre ciel et Lou n’échappe pas à la règle. J’aurais le plaisir de le présenter lors d’une animation en librairie, tout comme Les oubliés du dimanche. Sans cette opportunité, je ne me serais peut-être pas attardée sur ces romans.

Ma note: 4/5

« Aimer un enfant, c’est faire le deuil de l’enfant rêvé, fantasmé, c’est l’accepter tel qu’il est, pas tel que nous le souhaiterions. Tu n’aurais pas choisi Cyrian comme ami. Mais c’est notre fils, Jo. C’est ton fils et il te ressemble. »

« On voulait faire le GR 20, se marier, avoir des enfants, on voulait prendre une année sabbatique à Groix pour aider la communauté avant d’enfiler nos uniformes de polytechniciens et de coiffer nos bicornes à cocarde. Mais mon amoureux s’est barré la queue entre les jambes. Alors j’étreins d’autres hommes. Je chéris Pomme. Je me gare gratos sur les places pour handicapés. Les gens s’effacent devant moi dans les files d’attente. »

Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin

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Quatrième de couverture:

Justine, vingt et un ans, aime les personnes âgées comme d’autres les contes. Hélène, presque cinq fois son âge, a toujours rêvé d’apprendre à lire. Ces deux femmes se parlent, s’écoutent, se révèlent l’une à l’autre jusqu’au jour où un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite qui abrite leurs confidences et dévoile un terrible secret. Parce qu’on ne sait jamais rien de ceux que l’on connaît.

À la fois drôle et mélancolique, Les oubliés du dimanche est un roman d’amours passées, présentes, inavouées… éblouissantes.

Mon avis:

Un roman que j’ai découvert sur le très joli blog Carnet Parisien… Je l’ai choisi pour une animation que j’organise pendant mon stage en librairie. Au début du mois de juin, je vais parler de trois romans à un petit comité curieux autour de quelques gourmandises. Voici le premier de la liste !

Justine est aide-soignante aux Hortensias, une maison de retraite dans la petite ville de Milly. Elle y vit une vie toute simple auprès de son grand-père taiseux, d’une grand-mère avare en câlins et Jules qu’elle considère comme son frère depuis le décès de leurs parents dans un accident de voiture. Lorsqu’elle va mal, Justine va se déhancher sur la piste du Paradis, baiser avec Je-ne-sais-plus-comment ou fait des heures supplémentaires aux Hortensias. Elle aime écouter les résidents lui raconter leur vie d’avant, celle où il se sentait vivant, un instant elle oublie la sienne. L’une des résidentes la touche particulièrement, Hélène. Hélène est sur une plage et elle attend Lucien et sa fille partis se baigner. Dans son petit cahier bleu, Justine note toute la vie d’Hélène, sa rencontre avec Lucien, le café du père Louis, la guerre, Simon, Edna et Rose…

C’est l’histoire de deux femmes qui s’apportent mutuellement. Justine, sa bienveillance et sa générosité entourent Hélène et ses proches. Elle reste forte et lucide, son personnage a su me toucher tant il m’a semblé vrai. Hélène lui donne le courage nécessaire pour affronter le silence de ses grands-parents, les non-dits qui entourent la mort de ses parents, les clés de son histoire. J’ai aimé ce roman riche en humanité, où la famille et l’amour sont au cœur des histoires. S’il est marqué d’émotion et de mélancolie, le livre de Valérie Perrin reste empli d’espoir, on y trouve même des pointes d’humour. Jamais larmoyant, ce livre est un véritable réconfort où il est bon de se trouver. L’écriture est fluide et se laisser dévorer. Dommage qu’elle soit un peu trop simple, j’aurais aimé plus de caractère dans la plume de l’auteure.

Un joli récit riche en péripéties…

Ma note: 3,5/5

« Lucien pense que sa mère les a quittés lui et son père parce que ce n’est pas une vie de vivre auprès d’un aveugle. Qu’un jour ou l’autre, on a forcément envie de vivre avec quelqu’un qui vous regarde. »

« Pourquoi tu demandes à des cierges de t’apprendre à lire ? »

Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur

9782364743090

Quatrième de couverture:

À l’université dans les années 70 une jeune fille découvre la puissance formidable de l’amour.
D’un côté la joie qui emporte Judith vers Alain, le « meneur » convaincu de la lutte politique. de l’autre l’appartenance à une famille qui l’entrave, soumise à la tyrannie du père.
Ce roman est celui d’une tension.
Judith apprend à mettre en perspective sa « petite histoire » avec la grande, celle initiée par Mai 68. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée et de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ?

Mon avis:

Dans les années soixante-dix, Judith rêve de liberté. Son entrée à la faculté de lettres lui offre une indépendance inespérée. Là-bas, elle rencontre Alain, étudiant un peu plus âgé qu’elle, rebelle révolutionnaire, aux convictions politiques très marquées. C’est le temps des grands bouleversements, l’université est sans dessus dessous depuis les remises en cause de Mai 68. Pour Judith, le temps est venu de devenir une femme, dans les bras d’Alain, elle découvre l’amour, l’autre. Mais, elle apprivoise aussi les mots, tous ceux qui ne sont pas dits chez elle, à cause d’un père à la main lourde.

Pas assez pour faire une femme est un roman simplement touchant. L’auteure fait preuve d’une justesse et d’une sensibilité envers le personnage qui pourrait rappeler nous-même… Qui n’a pas eu peur de grandir, de voir la vérité en face et d’être bien heureux quand une main tendue apparaît au bout du tunnel ? Le réconfort, Judith le retrouve dans la tendresse d’Alain, mais aussi dans la force que lui donnent ses lectures, elle parle philosophie, politique. Enfin, cette parole libérée, et petite Judith deviendra grande !

Ce court roman marque ma première rencontre avec l’écriture délicate et poétique de Jeanne Benameur… Encore une pile à lire qui va s’agrandir…

Ma note: 4/5

« Près d’Alain, son corps à lui contre le mien, ses mains qui tiennent les livres, sa voix qui m’explique l’oppression du monde, je prends force. Je prends force. »

« Quand je rentrais dans la maison de mes parents, je retrouvais l’atmosphère étouffante des lieux où la parole n’a aucune chance. »

Envoyée spéciale de Jean Echenoz

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Quatrième de couverture:

Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.

Mon avis:

Ça fait vingt fois que je me reprends à écrire cette chronique. Je me rends à l’évidence, je n’y arrive pas. Mes mots ne seraient pas à la hauteur du talent de Jean Echenoz. Pourtant, il faut que je vous parle de ce livre, qui à mes yeux est une prouesse littéraire.

Pour que vous ayez le plaisir de découvrir toute l’intrigue palpitante de ce roman, je vous laisse seulement avec la quatrième de couverture, mais il faut quand même que je vous donne des raisons de le découvrir. Les voici.

Si vous aimez les romans à l’intrigue improbable, courez-y.

Si vous aimez les narrateurs bavards qui ne lésinent pas sur les digressions hilarantes, lisez-le.

Si vous rêvez de découvrir Paris, la Creuse et la Corée du Nord dans un roman, faites vos valises.

Si vous aimez les équipes de bras cassés qui sont indéniablement attachants, emmitouflez-vous-y.

Si vous kiffez l’espionnage, les armes à feu et un peu l’amour, allez-y sans hésiter.

Si je ne vous ai pas encore convaincu, permettez-moi de glisser ici quelques extraits :

« Il marche en regardant ses pieds comme d’habitude, un peu de ce qui les environne et là tout l’y désole. Une carte à jouer perdue, par exemple, seule derrière le kiosque à journaux de la place Prosper-Goubaux. Ca n’a l’air de rien à première vue, une carte égarée, n’empêche que ça ruine la carrière et l’avenir d’une cinquantaine d’autres qui la pleurent sinon la maudissent, ne pouvant plus servir à rien, se retrouvant sans emploi à cause d’elle et sur le sort desquelles s’attriste Pélestor. »

« Laissé au salon, le téléphone n’aurait pas pu troubler le sommeil de Tausk qui, levé tard, aère d’abord sa chambre – l’un des grands défauts du sommeil, outre qu’il fait perdre un temps fou, étant qu’il ne sent pas très bon -, puis il essaie avec prudence de se souvenir de ses rêves, soulagé de ne s’en rappeler aucun. Et tant mieux, vraiment, car rien n’est ennuyeux comme les récits de rêve. Même s’ils ont l’air à première vue drôles, inventifs ou prémonitoires, leur prétention de film à grand spectacle est illusoire, leurs scénarios ne tiennent pas debout : voudrait-on les tourner que leur production coûterait une fortune en casting, figurants, constructions de décors, déplacements d’équipe et location de matériel – quand bien même de nos jours, grâce aux effets spéciaux, on peut faire beaucoup de choses en réduisant les coûts -, tout cela pour une audience à coup sûre nulle, sans retour sur investissement. Mauvaise idée. A de nombreux égards, le rêve est une arnaque. »

« Constance s’est retrouvée sans pouvoir bien disposer de son corps ni de ses pensées, a erré d’une pièce à l’autre sans savoir ce qu’elle allait y faire – comme il arrive quand vous revenez d’un long voyage avec la perspective confuse d’avoir beaucoup de choses à régler, ranger, mettre à jour et puis finalement non, rien, vous n’avez même pas envie de défaire votre valise, l’idée ne vous traverse même pas d’aller récupérer les mois de courrier, amoncelé chez le concierge, faute de mieux vous aller prendre une longue douche qui ne vous détend pas plus que ça, ne vous procure pas autant de plaisir que vous auriez cru. »

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La Splendeur dans l’herbe de Patrick Lapeyre

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Quatrième de couverture:

Au début, on dirait des ombres. Un homme et une femme parlent ensemble de ceux qui les ont trahis. Ils en parlent sans cesse, obsessionnellement, à chaque fois qu’ils se revoient. Jusqu’à ce que se noue entre eux, et presque malgré eux, une étrange relation amoureuse, dont l’accomplissement semble continuellement retardé. Comme si l’envoûtement de la conversation leur faisait oublier tout le reste.

Mon avis:

Sybil et Homer ont une raison toute particulière de se rencontrer : leurs conjoints respectifs s’en sont allé batifoler sur l’île de Chypre. Lors de leurs échanges, sous la chaleur écrasante de l’été, non loin de la capitale, le souvenir des deux ex est présent, comme des fantômes qui ne veulent pas partir. Au fil des jours, Sybil et Homer se rapprochent. Chacun apprivoisant la présence de l’autre, aucun n’essayant de troubler l’instant de complicité.

Ana, la mère du jeune Homer, est bien incomprise par son mari. Elle n’est pas faite pour le monde qu’il lui propose, celui où on ne peut pas penser par soi-même, donner son propre avis. Il n’était, pourtant, pas comme ça quand ils se sont mariés ? Homer, enfant, est un garçon angoissé et solitaire. Arno ne manque pas de mettre la faute sur son épouse et à remettre en cause son éducation. Mais qu’en est-il pour lui qui n’est jamais présent ?

Patrick Lapeyre offre un roman où le maitre mot pourrait être délicatesse (d’ailleurs à certains égards, il m’a rappelé le roman de David Foenkinos). Alternant les chapitres sur le duo Sybil/Homer et sur la mère d’Homer et ses années de jeune mariée, l’auteur dépeint une galerie de personnages qui n’hésitent pas à prendre le temps. Celui de se rencontrer, de se connaître et pourquoi pas de s’aimer ? Ces personnages trahis, doutant de leurs choix, maladroits, sont profondément humains.

Les jours défilent et se ressemblent, les phrases aussi, mais, la limpidité du récit colle parfaitement à cette lenteur qui parcourt les presque 400 pages du roman. Irrésistiblement attachant.

« Au fond, pense-t-elle, pendant qu’elle regarde les convois de péniches descendre le Rhin printanier, sa faiblesse, sa vraie faiblesse, ne tient pas au fait qu’elle serait déraisonnable, mais plutôt qu’elle ne l’est pas assez… Elle est trop soumise, trop soucieuse d’obtenir des certificats de bonne conduite de la part de son mari, au lieu de suivre sa voie et de vivre comme elle en a envie. C’est cela qui la dénature et la rend triste… Car si le jeu de la vie existe, se dit-elle, en reprenant une expression qu’elle a lu quelque part, on peut supposer qu’il faut la jouer jusqu’au bout. »

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Le bébé et le hérisson de Mathis

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Quatrième de couverture:

Pourquoi personne n’apprend aux hérissons à traverser la route ? Tout le monde s’en fout ou quoi ? Comme ces parents, si obnubilés par la télé et leurs jeux vidéo qu’ils délaissent Léo, le bébé de la famille. Heureusement, Guillaume et Manon sont là pour s’occuper de leur petit frère.

Mon avis:

En toute sobriété, sous une couverture immaculée aux touches géométriques pétillantes, se cache une jolie pépite. Un coup de coeur jeunesse qui n’a rien d’une histoire légère.

Jules et Manon ont leurs parents, qui parce que bébé pleure trop fort, mettent le couffin sur le palier. Des parents plutôt préoccupés par le programme télé ou le dernier jeu vidéo à la mode, qu’à offrir l’amour et la tendresse que réclament leurs enfants. Jules et Manon, qui ont grandi plus vite que prévu, veulent à tout prix protéger leur petit frère Léo, si vulnérable, comme ce hérisson sans vie, laissé sur le bord de la route.

Le bébé et le hérisson, c’est l’histoire d’une fratrie qui apprend à vivre sans ses parents dont l’immaturité et l’égoïsme ont triomphé sur le bon sens. Parce qu’ils ne leur donnent pas l’équilibre dont ils ont besoin quand on est si jeune, les trois enfants vont se créer leur propre bulle protectrice. Jules, Manon et Léo vont apprendre à s’aimer et s’entraider, à partager et se réconforter. Entre moments de répit et instants brutaux, on aimerait pouvoir offrir à ces trois mômes, le bonheur qu’ils méritent, mais déjà la quarante-septième et dernière page est arrivé et ils nous faut les laisser, à leur sort.

Un titre que j’ai découvert chez le joli blog de Noukette. Je vous invite également à lire l’article de La tête en claire sur les éditions Thierry Magnier.

Ma note: 5/5

Celle que vous croyez de Camille Laurens

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Quatrième de couverture:

Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Mon avis:

Vous reprendrez bien un peu de folie pour cette deuxième lecture en lice pour le prix du roman des étudiants ?

L’entrée en matière du roman vous fait tout de suite entrer dans le bain. Un prologue sans ponctuation où la voix d’une femme s’élève. Pourquoi une femme, une fois dépassée la cinquantaine, est-elle considérée comme périmée, transparente ?

« les hommes mûrissent les femmes vieillissent »

C’est à partir de ce cri d’alarme que commence l’histoire de Claire. En conséquence des faits mentionnés dans la quatrième de couverture, Claire est en hôpital psychiatrique. À la manière d’un monologue, elle raconte son histoire au docteur Marc. Comment elle s’est faite passée pour une autre, comment elle a manipulé cet homme plus jeune qu’elle, comment elle a perdu pied.

Derrière l’histoire de Claire, une romancière intervient. Camille.

En ouvrant ce livre, j’ai fait la connaissance d’une femme de quarante-huit ans, qui refuse de renoncer au désir parce que la société l’aurait décidé à sa place. À l’ère des réseaux sociaux, elle tente le tout pour le tout, faire naitre le désir d’un homme alors qu’il ne l’a jamais vu. Mais ce n’est pas qu’une histoire de flirt, puisque Camille Laurens ne cesse de nous manipuler. D’un chapitre à l’autre, les points de vue diffèrent, les événements se modifient, on ne sait plus qui est le maître du jeu. Et alors quand l’écrivain prend la parole, on ne sait plus ce qui tient pour vrai.

L’architecture de ce roman est addictive. Chaque page tournée et l’envie de connaître l’issue de cette histoire m’a envahie. J’ai adoré être ballottée de certitudes en certitudes et voir le château de cartes s’effondrer. Les réflexions de l’auteure sur l’amour et le désir, quoique parfois ardues à comprendre pour ma part, ont été tellement intéressantes que je pouvais rester plusieurs minutes sur une même page.

Celle que vous croyez est un roman prenant. Malgré une différence d’âge importante entre le personnage principal et moi-même, le constat fait sur le devenir des femmes après un certain âge ne peut laisser indifférent.

« Oh oui, je vous choque. Je le vois bien. Vous riez jaune. Vous me prenez pour une bourgeoise. Une petite bourge qui confond son sort avec celui des putes et des sacrifiées. Une hystérique. C’est ça, le diagnostic, non ? Encore une qui pense avec son utérus. »

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En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Quatrième de couverture:

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Mon avis:

Dès les premières lignes, Olivier Bourdeaut parvient à nous faire entrer dans la danse, prenez garde vous ne pourrez plus en sortir.

Rencontrez un père légèrement mythomane, une mère aux mille prénoms, une grue de Numidie qui se prénomme Mademoiselle Superfétatoire et un fils qui cherche un équilibre dans ce joyeux foutoir. Entre fêtes mondaines où les verres de cocktails s’entrechoquent, où les odeurs de fumée de cigares stagnent dans l’air, où les corps ne cessent de bouger en rythme, vivent ces drôles de personnages. Leur existence se résume à la fête, la danse et l’amour. Oui, l’amour celle qui fait commettre toutes les folies, parce que la vie c’est ça. C’est aimer malgré tout.

« De toute façon, j’ai toujours été un peu folle alors un peu plus, un peu moins, ça ne va pas changer l’amour que vous avez pour moi, n’est-ce-pas ? »

Aimer alors que l’autre ne va pas bien, le moment où il faut prendre des décisions, la décision. À travers les regards enchevêtrés du fils puis du père, c’est l’existence hors-norme de cette famille hors-norme qui défile, avec en fond la voix de Nina Simone qui entonne « Mister Bojangles ». La maladie de la mère est racontée avec humour et tendresse. D’une écriture simple, Olivier Bourdeaut nous fait passer par toutes les émotions. On rit face aux situations rocambolesques, aux dialogues exquis qu’échangent les deux époux, puis, on pleure quand on se prend la réalité en pleine poire.

J’aurais voulu ne pas terminer ce livre, ne pas tourner la dernière page de ce premier roman. J’aurais voulu ne pas quitter cette délicieuse et attachante famille.

« Nous devions offrir à notre fils une conclusion à la hauteur de ce qu’avait été la narration, un brouillon fourmillant de surprises, joyeux et gonflé d’affection. »

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Je n’avais pas pris le temps de le partager ici, mais cette année j’ai la chance de pouvoir participer au prix du roman des étudiants. En attendant Bojangles est ma première lecture et elle tient déjà une très bonne place… En espérant vous avoir donnez envie de le découvrir !

Tout le monde est occupé de Christian Bobin

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« Ariane buvait beaucoup, dansait beaucoup et riait encore plus. Personne n’avait jamais réussi à l’éduquer, à lui apprendre les bonnes manières. Les bonnes manières sont des manières tristes. Ariane n’était pas douée pour la tristesse. Elle aimait et elle voulait. Le reste n’importait pas. Vivre est si bref. Donne-moi ce que j’aime. Je n’aime que la vérité. Donne-moi ce que tu es, laisse tomber ce que t’ont appris tes maîtres, oublie ce qu’il est convenable de faire. Telle était la magie d’Ariane : une rare plénitude d’être là, fraîche, simplifiée, simplifiante. Tu me prends, tu me laisses, mais surtout ne me fais pas la leçon, tu ne m’expliques pas comment il faudrait que je sois. »

Tout le monde est occupé, c’est vrai tout le monde est occupé à vivre. Ariane dépoussière les meubles, soulage les cœurs, et donne la vie. Rembrandt le chat intellectuel cherche à dévorer Van Gogh, le canari qui prend le soleil. La Vierge Marie va se dégourdir ses jambes de plâtre lorsqu’elle est lassée d’écouter les malheurs des uns et des autres. Monsieur Lucien philosophe. Manège dessine, dessine, dessine. Monsieur Gomez retrouve sa maman. Madame Carl la mauvaise. Et il y a aussi Tambour et puis Crevette.

Tout va bien. Tout va presque bien : il n’est pas tout à fait là. Et pour cause : il n’est pas il. Il, c’est elle. Ariane éclate de rire. Comme elle est drôle, la vie. Comme elle s’arrange pour nous surprendre. On attend un garçon et on accueille une fille. Dîtes-moi, qu’est-ce que ça change ? Rien. Absolument rien. C’est le même fou rire. La même fatigue soudaine et savoureuse.

Tout est poésie dans ce roman de Christian Bobin. Une femme qui tombe enceinte par un simple baiser et qui plus est pendant trois ans, un bébé qui ne ferme jamais les yeux, un autre qui gravite légèrement au-dessus du sol, l’auteur aborde la vie dans ce qu’elle a de plus exceptionnelle. Aimer, aimer, aimer. Chaque personnage a sa particularité, pourtant rien n’empêche à l’amour d’éclore. Avec légèreté et philosophie, les phrases se dégustent délicatement pour ne pas en perdre une miette. Les personnages doucement dingues sont très vite attachants.

« Je m’appelle Manège, j’ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d’une part, les coccinelles n’ont pas bon goût. D’autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d’ordinaire. Il n’y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c’est pareil : il n’y a que des miracles dans ce monde. »

Ce livre, c’est une petite aparté. Original, ce petit livre ne plaira pas à tous, mais pour qui veut s’échapper en toute poésie doit embarquer dans ce petit monde fou.

Manège éclate de rire. Elle a le même rire que sa mère. Les enfants reçoivent leur héritage du vivant de leur parents. Ils héritent, sans passer par un notaire, de la voix, du rire ou des yeux de leurs parents.

Merci beaucoup Folavril pour cette découverte ! Je te dois mon premier coup de cœur de l’année !

Ma note : 5/5

Un soir de décembre de Delphine de Vigan

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Quatrième de couverture:

Quarante-cinq ans, une femme, deux enfants, une vie confortable, et soudain l’envie d’écrire, le premier roman, le succès, les lettres d’admirateurs… Parmi ces lettres, celles de Sara, empreintes d’une passion ancienne qu’il croyait avoir oubliée. Et qui va tout bouleverser. Au creux du désir, l’écriture suit la trajectoire de la mémoire, violente, instinctive et trompeuse.

« C’est l’histoire d’une femme qu’il a peut-être oubliée, qui peu à peu se dessine, refait surface, cherche de l’air… »

Mon avis:

La quatrième de couverture présente ce roman comme une histoire d’adultère. Si seulement c’était si simple. Matthieu Brin, marié et père de deux garçons, publie son premier roman à quarante-cinq ans. Le succès est immédiat et fulgurant. Interviews, conférences, dédicaces. Parmi les lettres d’admirateurs, l’une retient son attention. Une écriture appliquée à l’encre bleue, et le souvenir d’une femme qu’il croyait avoir oublié refait surface.

À travers les lettres de Sara, Matthieu retrouve le goût d’écrire, porté par la réminiscence des moments passés près de la jeune femme. Mais, ce souvenir a un prix et les conséquences ne tarderont pas à venir.

Un soir de décembre est une lecture qui avait mal commencé. D’abord l’écriture, elle m’a semblé plus froide et plus distante que dans No et moi. Puis, le personnage, dès que j’ouvrais le livre, impossible de me souvenir du nom du héros sans un retour en arrière. L’emploi du « il » y étant certainement pour quelque chose, Matthieu m’est longtemps resté étranger. Tout simplement, au début de ce roman, je me suis sentie exclue de cette histoire.

Petit à petit, j’ai retrouvé la plume qui m’avait charmé dans No et moi. Une écriture simple qui trouve les mots justes. C’est dingue comme l’auteure a le pouvoir de dire les émotions, les sentiments, les corps, le quotidien. J’ai à chaque fois été étonnée qu’elle puisse aller si loin. Le désir est palpable, résolument bien écrit. La déchéance du héros, elle devient de plus en plus oppressante au fil des pages.

Au fur et à mesure, j’ai apprivoisé chaque personnage de cette histoire : l’homme marié, l’épouse trompée, la maîtresse. Sans aucun jugement, Delphine de Vigan dresse leur portrait, leur choix. J’ai adoré le personnage de Matthieu comme je l’ai détesté.

Ce fut une lecture intense où j’avais difficulté à reprendre le livre tant il fait naître des émotions en soi et fait réfléchir. D’une certaine manière.

J’aurais aimé vous en dire plus sur cette histoire, sur mes ressentis, mais je ne voudrais pas gâcher la surprise si jamais vous tenter cette lecture, aux heures d’hiver ou non.

Ma note: 4/5

Citation:

« Je conjugue le verbe attendre, j’en épuise le sens, sur tous les modes, sur tous les tons. J’attends le bus, j’attends mon heure, j’attends que tu viennes, j’attends mon tour, attends-moi, attends que je t’y reprenne, j’attends que jeunesse se passe, j’attends de pied ferme, j’attends le bon moment, tout vient à point à qui sait attendre, le train n’attendra pas, j’attends qu’il revienne, je l’attend comme le messie, ça attendra demain, qu’attends-tu de moi, j’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours, je n’attends pas après toi, je n’attends pas d’enfant, j’attends q’il me rappelle, j’attends qu’il me parle, en attendant mieux, je ne m’y attendais pas, surtout ne m’attends pas. »