No et moi de Delphine de Vigan

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Quatrième de couverture:

Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur. D. V.

Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…

Mon avis:

Mon premier Delphine de Vigan… et cette question dans ma tête : « Mais pourquoi l’avoir découverte seulement maintenant ?! »

C’est la quatrième de couverture qui a fait que je choisisse ce livre, synopsis court mais qui donne envie de découvrir le personnage de Lou. Cette jeune surdouée est seule. Entre une mère aussi bavarde qu’un mur et l’absence totale d’amis à l’école, Lou passe le plus clair de son temps à poser des hypothèses, élucider des problèmes et multiplie les expériences plus farfelues les unes que les autres. Mais cette morne vie est chamboulée par sa rencontre avec une autre solitude, No.

À peine plus âgée qu’elle, No vit dans la rue, pas de papa, pas de maman, pas de chez soi, seulement quelques sacs qui contiennent de petites affaires. Lou va se prendre d’affection pour cette jeune fille et remuer ciel et terre pour l’aider.

J’aime beaucoup les histoires d’amitié et notamment lorsque ce sont des amitiés auxquelles on ne s’attend pas. Lou et No sont différentes sur plusieurs points mais leur solitude les rapproche et c’est ce qui m’a plu dans cette histoire. Delphine de Vigan a su mettre en valeur ses personnages, je me suis attachée à chacun d’entre eux. Lou est à la fois lucide et naïve, No un agneau derrière sa grande gueule mais également Lucas, le caïd du lycée, qui sera surtout l’ami des deux jeunes filles.

En toile de fond de cette amitié, le livre soulève des questions à propos des sans-abris à travers le regard d’adolescents. J’ai trouvé cela intéressant, il n’y a pas de réponse à la fin mais ce court roman permet de se rendre compte de la vie des SDF, avec des mots simples et clairs pour les adolescents comme pour les plus grands.

Aurais-je autant aimé cette histoire sans la plume de Delphine de Vigan ? Sûrement pas, elle a l’art d’employer les mots justes, le pouvoir de rendre les silences bien bavards.

Ce fut un coup de cœur pour ma part. Et je n’attendrai pas cent ans avant de lire un autre de ses livres.

J’ai aussi très envie de voir l’adaptation cinématographique… L’avez-vous vu ? Peut-être pourrais-je partager mon avis avec vous ?

Ma note: 5/5

Citations:

« Le fait d’exprimer l’absence de quantité par un nombre n’est pas une évidence en soi. Je l’ai lu dans mon encyclopédie des Sciences. L’absence d’un objet ou d’un sujet s’exprime mieux pas la phrase « il n’y en a pas » (ou « plus »). Les nombres demeurent une abstraction et le zéro ne dit ni l’absence ni le chagrin. »

« Depuis longtemps je suis insomniaque, un mot qui finit comme maniaque, patraque, hypocondriaque, bref un mot qui dit que quelque chose se détraque… »

«  Il y a par exemple que moi aussi j’en ai marre, marre, marre d’être toute seule, marre qu’elle me parle comme si j’étais la fille de la gardienne, marre des mots et des expériences, marre de tout. Il y a que je voudrais qu’elle me regarde comme les autres mères regardent leurs enfants, il y a que je voudrais qu’elle reste le soir près de mon lit pour discuter avant d’éteindre la lumière, sans avoir l’impression qu’elle suit le marquage au sol et qu’elle a appris le dialogue par coeur. »

La fée Benninkova de Franz Bartelt

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Quatrième de couverture

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Mon avis:

La fée Benninkova… Comment dire… Un livre choisi pour sa couverture, pétillante et fraiche comme un dessin d’enfant. Je m’attendais à un conte et en fait pas du tout !
Le roman commence tel un conte de fées, certes. Clinty Dabot, handicapé et profondément seul, voit sa vie basculée par l’entrée en scène d’une fée. Cette dernière, pourchassée par les « grands lutins noirs », trouve refuge chez cet homme beaucoup trop gentil. Il s’ensuit des journées de confidences où Clinty s’ouvre peu à peu à cette fée, (c’est là que ça se gâte) où il raconte ce que lui fait subir Marylène, la caissière du supermarché du coin, qui profite de son charme pour lui soutirer de l’argent…
Drôle d’intrigue que voilà ! Avec une fin, qui plus est, glaciale…
J’ai trouvé que c’était un roman divertissant malgré le cynisme du propos. Des phrases assassines ou sensuelles mais toujours bien tournées. Belle découverte !

Ma note: 3/5

Citation:

« Le catalogue des adjectifs dont sa colère disposait était inépuisable, comme c’est souvent le cas dans le petit monde des fées. Je suis sensible à la mélodie qualificative. Les attributs me troublent autant que les épithètes m’échauffent. Bien placé, un adverbe de soutien peut emporter mon adhésion à n’importe quelle idéologie de la spontanéité. Une flambée de rage grammaticalement attisée peut me convaincre de lever le poing, de jeter l’anathème, de prendre en chasse, de voter contre ou de me convertir à. En moi, le handicap a développé une sensibilité d’artiste. Je suis un écorché vif, l’expression n’a rien de métaphorique. »

Passion simple d’Annie Ernaux

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Quatrième de couverture:

« À partir du mois de septembre de l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi.»

Mon avis:

Ce roman autobiographique d’Annie Ernaux raconte la passion. Celle d’une femme, pour un homme marié et étranger. Seul le point de vue d’Annie Ernaux est narré, on dispose de très peu d’informations sur l’homme, même pas son nom entier. Comme le montre la quatrième de couverture citée plus haut, ce court roman raconte le désir, l’attente, l’angoisse de cette femme. Pourtant chaque femme (et même homme !) peut se retrouver dans cette histoire car l’auteur évoque avec justesse des sentiments totalement légitimes : envie de rien hormis l’homme aimé, des souhaits pour le voir, pour qu’il reste encore, l’achat de nouveaux vêtements pour qu’elle devienne indispensable etc.
Histoire universelle que celle de la passion amoureuse.

J’ai découvert cette auteure pour la première fois et je dois dire que le style m’a plu, même s’il a été parfois compliqué à comprendre. Les phrases sont directes et parlent de l’essentiel, mais elles sont parfois longues et on s’y perd un peu. Cependant, j’ai aimé les notes qu’elle a ajoutées, où elle se demande pourquoi elle est passée tout à coup d’un temps verbal à un autre. Ce sont certes des notes d’écrivain mais cela ne perd pas de vue le fait que l’auteur est avant tout une femme amoureuse.
Également, j’ai apprécié le fait qu’elle se pose des questions sur la publication de cette expérience autobiographique, ses conséquences. Son style a un caractère sociologique, à travers son histoire, il y a vraiment le parcours d’une Femme qui est exposé et cela rappelle le côté universel de cette histoire.
Ce roman ne me semble pas du tout mélancolique (car on pourrait croire que le thème de la passion ne relie qu’à la destruction), mais au contraire, il est empli de sagesse et de reconnaissance. À la fin du roman on assiste réellement à une renaissance.

Même si ce ne fut pas un coup de cœur, ce roman de moins de cent pages a réussi à attiser ma curiosité !

Ma note: 3/5

Citation:

Quand j’allais dans la cuisine, chercher des glaçons, je levais les yeux vers la pendule accrochée au-dessus de la porte,« plus que deux heures », « une heure », ou « dans une heure je serai là et il sera reparti ». Je me demandais avec stupeur : « Où est le présent ? »

Olympe de Gouges de Catel & Bocquet

9782203031777 Quatrième de couverture:

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit. La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. »

Olympe de Gouges Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – 1791

Mon avis:

Après Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges est la deuxième œuvre graphique et biographique de Catel et Bocquet que je découvre et… que je dévore ! Toujours un dessin fluide et agréable, toujours un tableau historique passionnant, toujours des citations percutantes qui illustrent le caractère et la soif de liberté de cette femme du XVIIIème. Je ne connaissais pas du tout son histoire et la richesse de ce roman graphique a permis de combler mes lacunes. Olympe de Gouges était une femme, une mère, une insoumise.

Ma note: 4/5

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Citations:

« Sache que l’on écoute mon avis et que l’on ne dédaigne pas ma compagnie pour en discuter ! Et sache que je ne veux pas être de ces femmes dont le seul mérite est d’être aimée et entretenue. »

« – Il est difficile d’être vieux, maman ! – Il est difficile d’être une femme, mon fils… »

Kiki de Montparnasse de Catel & Bocquet

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Quatrième de couverture:

Jamais Kiki ne fera la même chose trois jours d’affilée, jamais, jamais, jamais !

Mon avis:

Quel caractère cette Kiki !
La bande dessinée de Catel et Bocquet retrace la vie de cette muse des années 20. de son enfance chez sa grand-mère à Châtillon-sur-Seine jusqu’à sa mort à Paris, celle qui s’appelle en réalité Alice Prin rencontrera les plus grands artistes de l’époque et traversera les mouvements artistiques comme le dadaïsme ou le surréalisme dont est membre son compagnon Man Ray et pour qui elle sera le modèle.

Une BD qui raconte l’histoire d’une femme pendant les années folles, ce bouquin avait beaucoup de chance de me plaire. Tout d’abord le livre en lui-même, les dessins en noir et blanc pourraient être trop enfantins pour certains mais moi j’ai trouvé le trait de l’illustratrice frais et puis cela permet de s’imprégner rapidement de l’histoire. Autre détail, j’ai apprécié la façon dont étaient séparés les chapitres caractérisés par une date, un lieu et un petit dessin de ce lieu. Aussi, les dialogues sont très bien écrits et permettent de rendre compte du caractère et des sensibilités de Kiki : « – Ne t’inquiète pas, elle te pardonnera… Comme toutes les mamans.
- Je ne l’ai jamais appelée maman. » le rapport que Kiki a avec sa mère semble être un des moments les plus touchants de la biographie. Également ses doutes de femme concernant l’amour, naïf mais vrai. Cependant, c’est le franc-parler de Kiki et son aplomb qui domine le livre, présents dès son enfance, ils feront d’elle, la « Reine de Montparnasse » et surtout une femme libérée.
J’ai tellement aimé que je n’arrive pas à en parler donc en trois mots : coup de cœur !

Le détail qui tue : les petites biographies des personnages qui parcourent le livre, à la fin de la bande dessinée !

Ma note: 5/5

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Citation:

« – T’es pas à l’école, toi ?
– Nan, j’suis malade.
– C’est important, l’école. Dans la vie, faut savoir compter.
– J’ai pas besoin de compter pour manger. Quand j’ai plus faim, je m’arrête, c’est tout. »

Une part de ciel de Claudie Gallay

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Quatrième de couverture:

Aux premiers jours de décembre, Carole regagne sa vallée natale, dans le massif de la Vanoise, où son père, Curtil, lui a donné rendez-vous. Elle retrouve son frère et sa soeur, restés depuis toujours dans le village de leur enfance. Garde forestier, Philippe rêve de baliser un sentier de randonnée suivant le chemin emprunté par Hannibal à travers les Alpes. Gaby, la plus jeune, vit dans un bungalow où elle attend son homme, en taule pour quelques mois, et élève une fille qui n’est pas la sienne. Dans le Val-des-Seuls, il y a aussi le vieux Sam, pourvoyeur de souvenirs, le beau Jean, la Baronne et ses chiens, le bar à Francky avec sa jolie serveuse…
Dans le gîte qu’elle loue, à côté de la scierie, Carole se consacre à une traduction sur la vie de Christo, l’artiste qui voile les choses pour mieux les révéler. Les jours passent, qui pourraient lui permettre de renouer avec Philippe et Gaby un lien qui n’a rien d’évident : Gaby et Philippe se comprennent, se ressemblent ; Carole est celle qui est partie, celle qui se pose trop de questions. Entre eux, comme une ombre, cet incendie qui a naguère détruit leur maison d’enfance et définitivement abîmé les poumons de Gaby. Décembre s’écoule, le froid s’installe, la neige arrive… Curtil sera-t-il là pour Noël ?
Avec une attention aussi intense que bienveillante, Claudie Gallay déchiffre les non-dits du lien familial et éclaire la part d’absolu que chacun porte en soi. Pénétrant comme une brume, doux comme un soleil d’hiver et imprévisible comme un lac gelé, Une part de ciel est un roman d’atmosphère à la tendresse fraternelle qui bâtit tranquillement, sur des mémoires apaisées, de possibles futurs.

Mon avis:

Drôle de sensation à la fermeture du dernier Claudie Gallay. Alors que la lecture du roman fut pour moi très laborieuse et ne me languissais qu’une chose, le terminer enfin, voilà que je me retrouve avec le sentiment que ce livre a été lu trop vite.

Début décembre, Carole rejoint le Val-des-Seuls, sa vallée natale, son père lui a donné rendez-vous ainsi qu’à son frère Philippe et sa sœur Gaby, restés eux depuis toujours dans le village. le livre, à travers l’attente du paternel, raconte la vie au Val-des-Seuls, ses habitants, sa nature, ses secrets, les évolutions de mentalités…

Étant une grande lectrice des romans de Claudie Gallay, il me tardait de mettre la main sur le petit dernier, mais à peine commencer, c’est déjà une grande déception. Tout d’abord, le cadre, la montagne ne me permet pas de rentrer complètement dans l’histoire alors que généralement j’adore les descriptions de l’auteur sur l’environnement (par exemple les passages sur les paysages de la Hague, dans Les Déferlantes sont très beaux). Ensuite, j’ai un autre problème avec le personnage principal, Carole, qui d’après moi, a un caractère trop proche des personnages principaux des Déferlantes ou de Seule Venise, ce qui devient ennuyant et ne permet pas encore une fois de rentrer dans l’histoire. Les personnages secondaires ont aussi quelques défauts, je trouve encore des similitudes avec d’autres personnages d’autres romans de l’auteure. En fait il y a beaucoup de similarités avec ses précédents livres, ce qui me fait déprécier tous les petits détails qui me plaisaient tant dans les autres bouquins tels que les « On raconte », « On dit » des sortes de petites légendes qui nous familiarisent avec l’histoire.
Autre point négatif de ce roman, c’est le peu de péripéties dans le roman, les chapitres correspondent à un jour et ces jours se ressemblent affreusement, on s’ennuie un peu donc. C’est dommage car habituellement j’apprécie ce découpage, style journal de bord.
Bon, là je me plains mais je sais que c’est justement cette absence d’évènement qui permet de mettre en valeur tous ces personnages écorchés et qui m’a permis d’arriver à la conclusion que « ce livre n’était pas si mal ». Je n’ai pas pu, par exemple, rester insensible au rapprochement des deux sœurs. Alors qu’au début du roman je n’aimais pas du tout le personnage de Gaby (la sœur), au fur et à mesure, je l’ai trouvé très touchante. J’ai aussi apprécié les passages qui revenaient sur l’enfance des personnages, leurs souvenirs.
Enfin, j’aime toujours autant la plume de l’auteur, elle sait toujours dégager une atmosphère qui me plait beaucoup. Malgré cette absence de coup de cœur, je lirai le prochain, sûr et certain !

Ma note: 3/5

+ Si je devais vous conseiller d’autres Claudie Gallay, ce serait Les Déferlantes ou L’amour est île qui font partis de mes livres préférés !

Citation:

« Une fois par hiver, ma mère nous faisait remplir une bouteille avec de la neige , c’était un rituel, elle nous disait de mettre un voeu à l’intérieur. Un voeu sous la forme d’une pensée. On laissait la bouteille dehors, sur le rebord de la fenêtre. quand la neige fondait, le voeu était censé se réaliser. Elle trouvait toujours une explication pour ceux qui ne se réalisaient pas.
Elle disait que, quoi qu’il en soit, nos vies seraient belles. Elle voulait que toutes les histoires qu’elle nous racontait se finissent bien alors elle changeait la fin de celles qui étaient tristes. »