Danse d’atomes d’or d’Olivier Liron

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Quatrième de couverture:

Tout commence par un coup de foudre. Un soir chez des amis, O. rencontre Loren, une acrobate fougueuse et libre aux cheveux couleur de seigle. Ils s’éprennent follement, s’étreignent et s’aiment le jour et la nuit dans la ville qui leur ouvre les bras. Mais Loren disparait sans un mot. Inconsolable, têtu O. la cherche jusqu’à Tombelaine en Normandie. Là, il apprendra pourquoi la jeune fille si solaire et fragile, est partie sans pouvoir laisser d’adresse. Librement inspiré d’Orphée et Eurydice, le ballet de Pina Bausch, Danse d’atomes d’or propose une nouvelle version du mythe. Ici, Eurydice n’a pas besoin d’Orphée… D’une beauté à couper le souffle, écrit avec la rage de vivre, le premier roman d’Olivier Liron s’inscrit dans le droit fil de L’écume des jours de Boris Vian.

Mon avis:

O. rencontre Loren un soir chez des amis. Elle est acrobate, possède un léger accent et un rire fabuleux. Evidemment, O. tombe immédiatement amoureux. Leur histoire commence. Ils se découvrent vite, fiévreusement, passionnément, s’aiment sans trop le savoir jusqu’au jour où Loren s’en va, sans un mot, laissant O. anéanti. Réinventant le mythe d’Orphée et Eurydice, O. et Loren écrivent leur amour à l’ombre des personnages qu’ils incarnaient lors de ce jeu des Post-it où il était le poète et elle, la disparue, ce fameux soir chez des amis.

Dans son premier roman, Olivier Liron réécrit le mythe d’Orphée et Eurydice, inspiré par le ballet de Pina Bausch. Dans cet opéra dansé, Eurydice mène le jeu. Elle est libre, passionnée et offre à Loren un très beau portrait de femme. Le narrateur O., décrit, avec émotion, les prémices de leur amour, les instants charnels, les moments de doutes, avec ce qu’il faut d’auto-dérision pour séduire le lecteur. L’écriture d’Olivier Liron est un coup de cœur. Ses mots sonnent comme un long poème en prose, comme une complainte magnifique. Je suis tombée en pâmoison devant ces envolées lyriques souffrant la perte de l’être aimé, mais où l’amour vit toujours avec rage. Danse d’atomes d’or possède la beauté des premiers romans, de ceux où l’on sent qu’on a mis beaucoup de soi à l’intérieur. Il en ressort alors une incroyable beauté qui m’a énormément touché.

Encore une histoire d’amour, oui, mais une belle qui a l’originalité de la réécriture, de la danse et un joli titre aussi, non ?

Ma note: 4/5

« Enfin elle ralentit son rythme, s’immobilisa, exécutant une contorsion violente autour de la corde tordue, restant quelques instants comme suspendue dans l’air, frissonnante, gracile, légère, violemment renversée là-haut avec la soie bleue sombre qui continuait à s’insinuer entre ses seins, ses jambes, tout à coup perdant l’équilibre, désarçonnée sous les yeux horrifiés de l’assistance, chutant brutalement et venant se fracasser inéluctablement contre le sol avant de s’immobiliser à cinq centimètres de l’impact, dans un geste parfaitement maîtrisé, patiemment répété mille fois à l’entraînement. »

Magnus de Sylvie Germain

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Quatrième de couverture:

« D’un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d’incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire ? »

Franz-Georg, le héros de « Magnus », est né avant guerre en Allemagne. De son enfance, « il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu’au jour de sa naissance ». Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désaprendre ce passé qu’on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l’oreille roussie : Magnus.
Dense, troublante, cette quête d’identité a la beauté du conte et porte le poids implacable de l’Histoire. Elle s’inscrit au coeur d’une oeuvre impressionnante de force et de cohérence qui fait de Sylvie Germain un des écrivains majeurs de notre temps.

Mon avis:

À l’âge de cinq ans, le petit Franz-Georg perd la mémoire. Sa mère, Théa Dunkeltal, lui conte tous les soirs l’illustre histoire de sa famille. Celle de ces deux oncles surtout qui lui ont donné son nom. Franz et Georg, morts en héros pour le IIIe Reich. Le petit Franz-Georg est encore trop fragile pour comprendre l’adulation démesurée de sa mère pour Hitler, ni même cet étrange endroit saturé de gens venus de toute l’Europe où travaille son père Clemens en tant que médecin.

Dans le chaos de son esprit, le jeune garçon avance dans le monde. Ce qu’il voit, ce qu’il entend, sont une façon de rééduquer sa mémoire. Pourtant, tant d’éléments semblent encore hors d’atteinte. Seul cet ours rassurant appelé Magnus et détesté par sa mère, semble détenir le secret de son passé.

Le lecteur suit la fin de la légende. Cet enfant qui considérait ses parents comme des êtres élégants et charismatiques assiste au spectacle de leurs mensonges et de leurs crimes. La fuite le fait changer de nom. Mais ce ne sera que la première fois. Le jeune garçon ne sait pas encore jusqu’où le poids des noms va l’emmener.

Ce roman, le premier de Sylvie Germain que je lis, est un roman initiatique où le personnage principal est en constant combat avec son passé. Le jeune garçon, qui n’a grandi qu’à travers le tableau qu’on a voulu lui faire croire, a tout à réapprendre et il y tient. On cherche à ses côtés les indices de son identité. On démêle le vrai du faux. On lit la petite et la grande histoire. On est touché par cet être fait de vide.

La plume de l’auteure rend à merveille ces fragments de mémoire ponctués de références littéraires, comme Shakespeare ou Thomas Hardy.

Magnus est un magnifique roman, dont je regrette seulement la brièveté et cette fin à laquelle je ne me fais pas du tout.

Ma note: 4/5

Lisez aussi l’avis de Mes pages versicolores !

« Voilà donc à quoi se réduit une vie, un corps qui fut si ardemment en marche, bruissant de paroles, de rires et de cris, mû par d’innombrables projets, d’insatiables désirs: une poignée de cendres blêmes solubles dans le vent. »

« Chacun porte son poids de temps dans la discrétion; rien n’est renié ni effacé, mais ils savent qu’il est vain de vouloir tout raconter, qu’on ne peut pas partager avec un autre, aussi intime soit-il, ce que l’on a vécu sans lui, hors de lui, qu’il s’agisse d’un amour ou d’une haine. Ce qu’ils partagent, c’est le présent, et leurs passés respectifs se décantent en silence à l’ombre radieuse de ce présent. »

Soyez imprudents les enfants de Véronique Ovaldé

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Quatrième de couverture: 

« Soyez imprudents les enfants », c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde. « Soyez imprudents les enfants », c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence. Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un matin de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue ? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin.Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement.

Mon avis:

Depuis son plus jeune âge, elle a l’impression que ses parents déteignent sur elle. Elle se sent aussi insignifiante que ses géniteurs et aussi vide que ce coin d’Espagne où elle vit. Atanasia Bartolome a treize ans lorsque sa vie est bousculée. C’est un jour de 1983 au musée de Bilbao qu’elle tombe sur cette toile et ne pourra plus jamais l’oublier. Roberto Diaz Uribe en est le peintre, un artiste volatilisé depuis des années. Il devient la quête d’Atanasia, le sens de sa vie tombé comme ça, un jour, alors qu’elle n’est encore qu’une enfant.

C’est par les récits de sa grand-mère Esperanza, qu’Atanasia apprend que son peintre est aussi le cousin de son père et qu’une sombre histoire politique entre adolescents les a fait s’éloigner l’un de l’autre. Seulement, l’adage « Soyez imprudents les enfants » semble définir toute la famille Bartolome. Véronique Ovaldé remonte jusqu’au XVIIeme pour nous conter les faits et prouesses des ancêtres Bartolome, des personnages rêveurs et fantaisistes. Jusqu’à Atanasia partit chercher ses réponses à Paris auprès d’un russe alcoolique, professeur spécialiste de Roberto Diaz Uribe. Là-bas, elle explore les mystères entourant le peintre qu’elle adule, mais surtout elle tisse sa propre vie. Sa quête, loin de sa terre espagnole, lui permet de faire taire une rage enfouie, d’écouter ceux qui sont les siens, de comprendre et de se retrouver, pour finalement, mieux revenir…

Soyez imprudents les enfants marque ma première rencontre avec Véronique Ovaldé. Enfin, j’ai pu découvrir la plume poétique de cette auteure, à travers un genre que j’apprécie particulièrement : le roman initiatique. Atanasia est un personnage mélancolique et ronchon auquel j’ai pourtant réussi à accrocher. J’ai aimé sa lucidité, sa verve et sa quête indéfectible. Le personnage du professeur est aussi réussi, il forme un duo charmant avec Atanasia.

Pour sûr, l’auteure a l’art et la manière de nous conter des histoires. L’univers de ce roman est riche et plein de fantaisies. De nombreux passages sont passionnants, mais les chapitres alternant passé et présent, dans la deuxième partie, m’ont aussi quelquefois lassé. Je crois que l’écriture de l’auteure ne m’a pas autant conquise que je l’aurais voulu.

Un récit d’apprentissage et une histoire de famille dont j’attendais une petite étincelle de plus. Malgré cette toute petite déception, je ne dis pas non à un nouvel essai.

Ma note: 3/5

« C’est difficile parfois de n’être que ta gouvernante ou ta domestique, n’oublie pas de me raconter deux trois choses de ta vie pour que je n’aie pas l’impression d’être un fantôme. Ou d’héberger un fantôme. C’est toujours bizarre, sais-tu, quand on devient la vieille de quelqu’un d’autre. »

De terre et de mer de Sophie Van der Linden

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Quatrième de couverture:
Au début du siècle dernier, Henri, un jeune artiste, parvient sur l’île de B. après un long voyage.
Venu rendre visite à la femme qui s’est détournée de lui, il y séjournera vingt-quatre heures, le temps pour lui de déambuler dans ce paysage envoûtant, et d’y faire des rencontres singulières.
Jusqu’à la chute finale, le lecteur chemine à la suite du héros dans cette atmosphère vibrante, rendue par une écriture impressionniste aux multiples résonances.De terre et de mer est le troisième roman de Sophie Van der Linden. Après La Fabrique du monde et L’Incertitude de l’aube, l’auteur confirme encore son talent et dépeint avec acuité l’expression des sensations et des sentiments.

Mon avis:

Un livre comme on rate un bateau, comme on manque l’heure d’embarquement… Reçu grâce à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel, De terre et de mer est un rendez-vous manqué. À l’instar du héros, j’ai déambulé jusqu’à l’île de B. Lui, par la mer, venant vainement retrouver l’amour de la belle Youna, moi, par les mots, cherchant la douceur et la poésie suggérées par la toile en couverture.

« Cette sensation de réussir à faire exister à l’extérieur de soi, sur du papier, ce qui est si mouvant, insaisissable, retranché dans mes pensées, me donne la plus grande joie. Pour autant, cela ne me fait pas renoncer à toi. »

Cherchant l’indépendance et la liberté, Youna est venue s’installer sur l’île de B. Elle y a commencé une nouvelle vie loin des moments passés auprès d’Henri. Jeune peintre tourmenté, Henri vit mal ce silence et décide d’entreprendre, le temps d’une journée, un voyage sur les traces de celle qu’il croit aimer. Débarqué, ses mille questions pour seul bagage, le jeune homme ne manque pas d’attirer les on-dit. Qui est-il ? Que cherche-t-il ? Que veut-il à l’énigmatique Youna ? L’atmosphère pesante du début du XXème siècle entoure ce couple étrange marchant sur la lande. De point de vue en point de vue, on explore tour à tour les quelques âmes qui peuplent cette terre. Le restaurateur, la vieille dame, le chasseur, le coureur, le pêcheur, font appel à leurs souvenirs, à leur quotidien et lancent quelques pistes au lecteur intrigué.

« Depuis la nuit des temps, je sens le moindre hoquet de ton sommeil, je sens la nervosité de ta queue qui racle et abîme la roche lorsque tu rêves. Je sens que tu gis sur le flanc, mais que ton cœur bat sourdement. Ta colère, ton poison coulent dans le sang noir et visqueux dont tes veines figées sont emplies, ta rage et ton râle, rauques, sourdent de la roche, ébranlent l’eau stagnante du marais, je les sens, oui, je les sens sous mes pieds qui s’agitent et annoncent ton tellurique éveil, aerouant. »

Mais si l’écriture de Sophie Van der Linden aura pu être belle et sensible, elle fut surtout, pour moi, déconcertante. Il m’a semblé que l’histoire de cette île ne rendait pas vraiment hommage à la poésie de ses phrases. La jolie musique perd de son rythme, pour mieux revenir, parfois, mais pas assez pour me faire apprécier ce moment. Enfin, le récit reste trop court, les personnages seulement esquissés furent, pour moi à regret, fades et antipathiques.

De terre et de mer aurait pu être, mais ne fut pas, cette fois.

Ma note: 2,5/5

La fractale des raviolis de Pierre Raufast

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Quatrième de couverture:

« « Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance. » Je comprends que l’on puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par curiosité, par habitude, par intérêt, par gourmandise, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. »

Comment se venger d’un mari volage ? En l’empoisonnant avec son plat préféré. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est tout un engrenage qui se met en place.

Un premier roman gigogne d’une inventivité rare, qui nous fait voyager dans l’espace et le temps.

Mon avis:

Ne vous fiez pas à ces premières phrases, La fractale des raviolis n’est pas un petit roman sur un mari volage. Ou plutôt, il n’est pas que cela. Si le roman de Pierre Raufast commence comme une vengeance de l’épouse cocufiée, c’est aussi pour mieux s’en éloigner. Car en attendant que l’eau parvienne à ébullition, qu’arrive le moment où l’on verse les pâtes dans l’eau bouillonnante et enfin qu’on puisse servir ce plat royal, que sont les raviolis, Pierre Raufast s’occupe de son lecteur. Et pour ce faire, il nous emmène à Pussemange, en Belgique, il nous entraîne aussi au tribunal, puis dans une ferme et même au XVIIIème siècle. Alors quel lien entre ces lieux, ces temps et tous ces personnages dont je me garde de vous parler pour ne rien gâcher de la surprise ? Pour le savoir, il suffit de découvrir ce délicieux roman-gigogne, aussi drôle que grinçant.

Pierre Raufast, pour son premier roman, fait preuve d’une inventivité débordante. On suit des personnages hauts en couleur et en même temps très sombres, des personnes peu recommandables qui vivent des aventures complètement fantasques. L’humour et plus précisément l’humour noir sont le moteur de ce roman très original. J’ai adoré tous ces détails que l’auteur intégraient à ses récits pour donner l’impression d’une possible véracité. D’ailleurs, je suis allée chercher sur Internet, si ces histoires auraient pu exister, mais je suis tombée sur le site de l’auteur et plus particulièrement sur ceci, ce qui m’a fait drôlement rire. Je regrette simplement de ne pas m’être attachée de la même manière à tous les récits, les stratégies militaires n’étant pas tellement mon rayon. Mais à vrai dire ce n’est pas ça qui m’a le plus chagrinée, la chose qui m’a paru dommage dans ce roman, c’est que si on a une fin très réussie en ce qui concerne la vengeance de l’épouse, le fin mot du récit dans le récit on ne la connait pas (j’imagine que pour ceux qui n’ont pas lu le livre, ce passage ne veut absolument rien dire, mais je vous promets qu’il y a un sens!).

Mais ce n’est pas si grave, je suis contente d’avoir découvert un nouvel auteur bien marrant. J’aimerais bien confirmer l’essai avec son second roman.

Ma note: 3,5/5

J’ajoute un lien vers le billet de Lilylit, fort bien écrit et en plus il y a une petite interview de l’auteur !

Les Demeurées de Jeanne Benameur

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Quatrième de couverture:

La mère, La Varienne, c’est l’idiote du village. La petite, c’est Luce. Quelque chose en elle s’est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d’amour. Invicible. L’école menace cette fusion. L’institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l’enfant à l’ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ?
L’art de l’épure, quintessence d’émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

Mon avis:

Dans la maison de La Varienne, la tendresse ne s’exprime pas. Pas un mot, pas même un regard. Mais l’amour, bien là. Dans le village, c’est la maison de « la demeurée », ou des demeurées, car si la mère l’est, la fille l’est forcément. Stigmatisées, Luce et La Varienne, vivent à leur rythme, marqué par une musique régulière.

Pourtant, cette vie loin des rumeurs semble touchée à sa fin lorsque Luce doit entrer à l’école. La musique de leur quotidien commence à grésiller dès lors que le duo inséparable voit entrer dans la danse un troisième personnage. Mademoiselle Solange, l’institutrice prend son rôle à cœur, loin d’écouter le qu’en dira-t-on, elle a décidé qu’elle emmènerait tous ses élèves vers le savoir.

Mais Luce veut-elle apprendre ce que ne connait pas sa mère ? La rupture qu’engendre l’institutrice entre la mère et la fille n’est pas sans conséquence.

Un récit intime et poignant pour ma deuxième rencontre avec l’écriture de Jeanne Benameur. En moins de cent pages, l’auteure crée un univers particulier marqué par la musique de ses mots. Ces derniers sont âpres, mélancoliques. Le style ne se laisse pas facilement appréhender, c’est au lecteur de trouver sa place dans cette histoire. Dans cette histoire de famille qui questionne les limites de l’enseignement et l’accès au savoir. Les demeurées est un livre qui m’a profondément touchée, et encore plus car l’auteure explore toutes les facettes du mot « demeurée », lui donnant toute son humanité.

Merci Folavril pour le conseil de lecture, une nouvelle fois une très bonne recommandation !

Ma note: 4/5

« Elle croit en la vertu des choses faites en ordre et doucement. C’est toute sa vie, à Mademoiselle Solange, les mots et l’ordre des choses, et cette douceur sans limite qui lui appartient depuis qu’elle s’est retrouvée devant le regard des enfants. »

Saga de Tonino Benacquista

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Quatrième de couverture:

Mon avis:

Parfois, il y a des livres qu’on pioche de sa bibliothèque sans trop savoir pourquoi. Parce que ça fait longtemps qu’il y prend la poussière, parce qu’on ne cesse d’en parler et que la curiosité devient trop grande, parce qu’on en a envie, parce qu’on pense que c’est le moment, parce que. Parfois, on se trompe et parfois, pas. Saga, c’est ça. Un livre pris avant de partir, une histoire qui nous promet originalité et réjouissance. Il était l’heure que je le tente et ça a fonctionné.

J’ai été ravie de faire partie de l’équipe. Quatre scénaristes ratés, embauchés à la hâte pour répondre rapidement et à moindres frais à des quotas de productions télévisuelles françaises, sont chargés de donner naissance à un feuilleton prénommé Saga. On compte parmi eux, Louis, doyen de nos trublions, scénariste ayant connu son heure de gloire auprès du Maestro, aujourd’hui, il reste simplement rangé dans la catégorie has-been ; Jérome, porté par un désir de vengeance depuis qu’on lui a volé son succès, ne sait plus où dormir et comment payer les médicaments de son frère malade ; Mathilde a écrit des kilomètres d’histoires d’amour sans en vivre une seule véritable ; enfin, Marco, le narrateur, scénariste en herbe, ferait n’importe quoi pour voir son nom affiché au générique.

Bref, une équipe en bois mais peu importe ! Les seuls mots d’ordre sont de faire absolument n’importe quoi, tant que le budget reste raisonnable ! Diffusée de quatre à cinq heures du matin, si seuls les insomniaques voient les premiers épisodes, la série Saga n’a pas dit son dernier mot…

Saga est un roman où il est bon de prendre ses quartiers. On prend plaisir à s’attacher à ses personnages, à partager un café avec l’équipe en parlant de la dernière scène écrite. Comme eux, j’ai vu prendre vie ces destins et ces histoires et ai vraiment cru en ce feuilleton. L’idée d’insérer des passages du scénario y est pour beaucoup. J’ai souvent souri, des passages sont vraiment bien tournés, mais le tout reste fluide et agréable à lire. J’émets tout de même quelques réserves quant à la fin, qui m’a paru trop longue. J’aurais préféré qu’il y ait plus de mystère…

Un livre qui ne m’aurait peut-être pas fait le même effet à un autre moment… C’était le timing parfait !

Ma note: 4/5

« En y regardant de près, le travail du scénariste n’est pas très éloigné de celui du paranoïaque. Tous deux sont des scientifiques du soupçon, ils passent leur temps à anticiper sur les événements, imaginer le pire, et chercher des drames affreux derrière des détails anodins pour le reste du monde. »