La Splendeur dans l’herbe de Patrick Lapeyre

1507-1

Quatrième de couverture:

Au début, on dirait des ombres. Un homme et une femme parlent ensemble de ceux qui les ont trahis. Ils en parlent sans cesse, obsessionnellement, à chaque fois qu’ils se revoient. Jusqu’à ce que se noue entre eux, et presque malgré eux, une étrange relation amoureuse, dont l’accomplissement semble continuellement retardé. Comme si l’envoûtement de la conversation leur faisait oublier tout le reste.

Mon avis:

Sybil et Homer ont une raison toute particulière de se rencontrer : leurs conjoints respectifs s’en sont allé batifoler sur l’île de Chypre. Lors de leurs échanges, sous la chaleur écrasante de l’été, non loin de la capitale, le souvenir des deux ex est présent, comme des fantômes qui ne veulent pas partir. Au fil des jours, Sybil et Homer se rapprochent. Chacun apprivoisant la présence de l’autre, aucun n’essayant de troubler l’instant de complicité.

Ana, la mère du jeune Homer, est bien incomprise par son mari. Elle n’est pas faite pour le monde qu’il lui propose, celui où on ne peut pas penser par soi-même, donner son propre avis. Il n’était, pourtant, pas comme ça quand ils se sont mariés ? Homer, enfant, est un garçon angoissé et solitaire. Arno ne manque pas de mettre la faute sur son épouse et à remettre en cause son éducation. Mais qu’en est-il pour lui qui n’est jamais présent ?

Patrick Lapeyre offre un roman où le maitre mot pourrait être délicatesse (d’ailleurs à certains égards, il m’a rappelé le roman de David Foenkinos). Alternant les chapitres sur le duo Sybil/Homer et sur la mère d’Homer et ses années de jeune mariée, l’auteur dépeint une galerie de personnages qui n’hésitent pas à prendre le temps. Celui de se rencontrer, de se connaître et pourquoi pas de s’aimer ? Ces personnages trahis, doutant de leurs choix, maladroits, sont profondément humains.

Les jours défilent et se ressemblent, les phrases aussi, mais, la limpidité du récit colle parfaitement à cette lenteur qui parcourt les presque 400 pages du roman. Irrésistiblement attachant.

« Au fond, pense-t-elle, pendant qu’elle regarde les convois de péniches descendre le Rhin printanier, sa faiblesse, sa vraie faiblesse, ne tient pas au fait qu’elle serait déraisonnable, mais plutôt qu’elle ne l’est pas assez… Elle est trop soumise, trop soucieuse d’obtenir des certificats de bonne conduite de la part de son mari, au lieu de suivre sa voie et de vivre comme elle en a envie. C’est cela qui la dénature et la rend triste… Car si le jeu de la vie existe, se dit-elle, en reprenant une expression qu’elle a lu quelque part, on peut supposer qu’il faut la jouer jusqu’au bout. »

devenez-jure-du-roman-des-etudiants-france-culture-telerama-2015,M180736

Le bébé et le hérisson de Mathis

bebe_herisson

Quatrième de couverture:

Pourquoi personne n’apprend aux hérissons à traverser la route ? Tout le monde s’en fout ou quoi ? Comme ces parents, si obnubilés par la télé et leurs jeux vidéo qu’ils délaissent Léo, le bébé de la famille. Heureusement, Guillaume et Manon sont là pour s’occuper de leur petit frère.

Mon avis:

En toute sobriété, sous une couverture immaculée aux touches géométriques pétillantes, se cache une jolie pépite. Un coup de coeur jeunesse qui n’a rien d’une histoire légère.

Jules et Manon ont leurs parents, qui parce que bébé pleure trop fort, mettent le couffin sur le palier. Des parents plutôt préoccupés par le programme télé ou le dernier jeu vidéo à la mode, qu’à offrir l’amour et la tendresse que réclament leurs enfants. Jules et Manon, qui ont grandi plus vite que prévu, veulent à tout prix protéger leur petit frère Léo, si vulnérable, comme ce hérisson sans vie, laissé sur le bord de la route.

Le bébé et le hérisson, c’est l’histoire d’une fratrie qui apprend à vivre sans ses parents dont l’immaturité et l’égoïsme ont triomphé sur le bon sens. Parce qu’ils ne leur donnent pas l’équilibre dont ils ont besoin quand on est si jeune, les trois enfants vont se créer leur propre bulle protectrice. Jules, Manon et Léo vont apprendre à s’aimer et s’entraider, à partager et se réconforter. Entre moments de répit et instants brutaux, on aimerait pouvoir offrir à ces trois mômes, le bonheur qu’ils méritent, mais déjà la quarante-septième et dernière page est arrivé et ils nous faut les laisser, à leur sort.

Un titre que j’ai découvert chez le joli blog de Noukette. Je vous invite également à lire l’article de La tête en claire sur les éditions Thierry Magnier.

Ma note: 5/5

Celle que vous croyez de Camille Laurens

A14387

Quatrième de couverture:

Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Mon avis:

Vous reprendrez bien un peu de folie pour cette deuxième lecture en lice pour le prix du roman des étudiants ?

L’entrée en matière du roman vous fait tout de suite entrer dans le bain. Un prologue sans ponctuation où la voix d’une femme s’élève. Pourquoi une femme, une fois dépassée la cinquantaine, est-elle considérée comme périmée, transparente ?

« les hommes mûrissent les femmes vieillissent »

C’est à partir de ce cri d’alarme que commence l’histoire de Claire. En conséquence des faits mentionnés dans la quatrième de couverture, Claire est en hôpital psychiatrique. À la manière d’un monologue, elle raconte son histoire au docteur Marc. Comment elle s’est faite passée pour une autre, comment elle a manipulé cet homme plus jeune qu’elle, comment elle a perdu pied.

Derrière l’histoire de Claire, une romancière intervient. Camille.

En ouvrant ce livre, j’ai fait la connaissance d’une femme de quarante-huit ans, qui refuse de renoncer au désir parce que la société l’aurait décidé à sa place. À l’ère des réseaux sociaux, elle tente le tout pour le tout, faire naitre le désir d’un homme alors qu’il ne l’a jamais vu. Mais ce n’est pas qu’une histoire de flirt, puisque Camille Laurens ne cesse de nous manipuler. D’un chapitre à l’autre, les points de vue diffèrent, les événements se modifient, on ne sait plus qui est le maître du jeu. Et alors quand l’écrivain prend la parole, on ne sait plus ce qui tient pour vrai.

L’architecture de ce roman est addictive. Chaque page tournée et l’envie de connaître l’issue de cette histoire m’a envahie. J’ai adoré être ballottée de certitudes en certitudes et voir le château de cartes s’effondrer. Les réflexions de l’auteure sur l’amour et le désir, quoique parfois ardues à comprendre pour ma part, ont été tellement intéressantes que je pouvais rester plusieurs minutes sur une même page.

Celle que vous croyez est un roman prenant. Malgré une différence d’âge importante entre le personnage principal et moi-même, le constat fait sur le devenir des femmes après un certain âge ne peut laisser indifférent.

« Oh oui, je vous choque. Je le vois bien. Vous riez jaune. Vous me prenez pour une bourgeoise. Une petite bourge qui confond son sort avec celui des putes et des sacrifiées. Une hystérique. C’est ça, le diagnostic, non ? Encore une qui pense avec son utérus. »

devenez-jure-du-roman-des-etudiants-france-culture-telerama-2015,M180736

En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Quatrième de couverture:

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Mon avis:

Dès les premières lignes, Olivier Bourdeaut parvient à nous faire entrer dans la danse, prenez garde vous ne pourrez plus en sortir.

Rencontrez un père légèrement mythomane, une mère aux mille prénoms, une grue de Numidie qui se prénomme Mademoiselle Superfétatoire et un fils qui cherche un équilibre dans ce joyeux foutoir. Entre fêtes mondaines où les verres de cocktails s’entrechoquent, où les odeurs de fumée de cigares stagnent dans l’air, où les corps ne cessent de bouger en rythme, vivent ces drôles de personnages. Leur existence se résume à la fête, la danse et l’amour. Oui, l’amour celle qui fait commettre toutes les folies, parce que la vie c’est ça. C’est aimer malgré tout.

« De toute façon, j’ai toujours été un peu folle alors un peu plus, un peu moins, ça ne va pas changer l’amour que vous avez pour moi, n’est-ce-pas ? »

Aimer alors que l’autre ne va pas bien, le moment où il faut prendre des décisions, la décision. À travers les regards enchevêtrés du fils puis du père, c’est l’existence hors-norme de cette famille hors-norme qui défile, avec en fond la voix de Nina Simone qui entonne « Mister Bojangles ». La maladie de la mère est racontée avec humour et tendresse. D’une écriture simple, Olivier Bourdeaut nous fait passer par toutes les émotions. On rit face aux situations rocambolesques, aux dialogues exquis qu’échangent les deux époux, puis, on pleure quand on se prend la réalité en pleine poire.

J’aurais voulu ne pas terminer ce livre, ne pas tourner la dernière page de ce premier roman. J’aurais voulu ne pas quitter cette délicieuse et attachante famille.

« Nous devions offrir à notre fils une conclusion à la hauteur de ce qu’avait été la narration, un brouillon fourmillant de surprises, joyeux et gonflé d’affection. »

devenez-jure-du-roman-des-etudiants-france-culture-telerama-2015,M180736

Je n’avais pas pris le temps de le partager ici, mais cette année j’ai la chance de pouvoir participer au prix du roman des étudiants. En attendant Bojangles est ma première lecture et elle tient déjà une très bonne place… En espérant vous avoir donnez envie de le découvrir !

Tout le monde est occupé de Christian Bobin

product_9782715221734_195x320

« Ariane buvait beaucoup, dansait beaucoup et riait encore plus. Personne n’avait jamais réussi à l’éduquer, à lui apprendre les bonnes manières. Les bonnes manières sont des manières tristes. Ariane n’était pas douée pour la tristesse. Elle aimait et elle voulait. Le reste n’importait pas. Vivre est si bref. Donne-moi ce que j’aime. Je n’aime que la vérité. Donne-moi ce que tu es, laisse tomber ce que t’ont appris tes maîtres, oublie ce qu’il est convenable de faire. Telle était la magie d’Ariane : une rare plénitude d’être là, fraîche, simplifiée, simplifiante. Tu me prends, tu me laisses, mais surtout ne me fais pas la leçon, tu ne m’expliques pas comment il faudrait que je sois. »

Tout le monde est occupé, c’est vrai tout le monde est occupé à vivre. Ariane dépoussière les meubles, soulage les cœurs, et donne la vie. Rembrandt le chat intellectuel cherche à dévorer Van Gogh, le canari qui prend le soleil. La Vierge Marie va se dégourdir ses jambes de plâtre lorsqu’elle est lassée d’écouter les malheurs des uns et des autres. Monsieur Lucien philosophe. Manège dessine, dessine, dessine. Monsieur Gomez retrouve sa maman. Madame Carl la mauvaise. Et il y a aussi Tambour et puis Crevette.

Tout va bien. Tout va presque bien : il n’est pas tout à fait là. Et pour cause : il n’est pas il. Il, c’est elle. Ariane éclate de rire. Comme elle est drôle, la vie. Comme elle s’arrange pour nous surprendre. On attend un garçon et on accueille une fille. Dîtes-moi, qu’est-ce que ça change ? Rien. Absolument rien. C’est le même fou rire. La même fatigue soudaine et savoureuse.

Tout est poésie dans ce roman de Christian Bobin. Une femme qui tombe enceinte par un simple baiser et qui plus est pendant trois ans, un bébé qui ne ferme jamais les yeux, un autre qui gravite légèrement au-dessus du sol, l’auteur aborde la vie dans ce qu’elle a de plus exceptionnelle. Aimer, aimer, aimer. Chaque personnage a sa particularité, pourtant rien n’empêche à l’amour d’éclore. Avec légèreté et philosophie, les phrases se dégustent délicatement pour ne pas en perdre une miette. Les personnages doucement dingues sont très vite attachants.

« Je m’appelle Manège, j’ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d’une part, les coccinelles n’ont pas bon goût. D’autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d’ordinaire. Il n’y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c’est pareil : il n’y a que des miracles dans ce monde. »

Ce livre, c’est une petite aparté. Original, ce petit livre ne plaira pas à tous, mais pour qui veut s’échapper en toute poésie doit embarquer dans ce petit monde fou.

Manège éclate de rire. Elle a le même rire que sa mère. Les enfants reçoivent leur héritage du vivant de leur parents. Ils héritent, sans passer par un notaire, de la voix, du rire ou des yeux de leurs parents.

Merci beaucoup Folavril pour cette découverte ! Je te dois mon premier coup de cœur de l’année !

Ma note : 5/5

Un soir de décembre de Delphine de Vigan

de vigan

Quatrième de couverture:

Quarante-cinq ans, une femme, deux enfants, une vie confortable, et soudain l’envie d’écrire, le premier roman, le succès, les lettres d’admirateurs… Parmi ces lettres, celles de Sara, empreintes d’une passion ancienne qu’il croyait avoir oubliée. Et qui va tout bouleverser. Au creux du désir, l’écriture suit la trajectoire de la mémoire, violente, instinctive et trompeuse.

« C’est l’histoire d’une femme qu’il a peut-être oubliée, qui peu à peu se dessine, refait surface, cherche de l’air… »

Mon avis:

La quatrième de couverture présente ce roman comme une histoire d’adultère. Si seulement c’était si simple. Matthieu Brin, marié et père de deux garçons, publie son premier roman à quarante-cinq ans. Le succès est immédiat et fulgurant. Interviews, conférences, dédicaces. Parmi les lettres d’admirateurs, l’une retient son attention. Une écriture appliquée à l’encre bleue, et le souvenir d’une femme qu’il croyait avoir oublié refait surface.

À travers les lettres de Sara, Matthieu retrouve le goût d’écrire, porté par la réminiscence des moments passés près de la jeune femme. Mais, ce souvenir a un prix et les conséquences ne tarderont pas à venir.

Un soir de décembre est une lecture qui avait mal commencé. D’abord l’écriture, elle m’a semblé plus froide et plus distante que dans No et moi. Puis, le personnage, dès que j’ouvrais le livre, impossible de me souvenir du nom du héros sans un retour en arrière. L’emploi du « il » y étant certainement pour quelque chose, Matthieu m’est longtemps resté étranger. Tout simplement, au début de ce roman, je me suis sentie exclue de cette histoire.

Petit à petit, j’ai retrouvé la plume qui m’avait charmé dans No et moi. Une écriture simple qui trouve les mots justes. C’est dingue comme l’auteure a le pouvoir de dire les émotions, les sentiments, les corps, le quotidien. J’ai à chaque fois été étonnée qu’elle puisse aller si loin. Le désir est palpable, résolument bien écrit. La déchéance du héros, elle devient de plus en plus oppressante au fil des pages.

Au fur et à mesure, j’ai apprivoisé chaque personnage de cette histoire : l’homme marié, l’épouse trompée, la maîtresse. Sans aucun jugement, Delphine de Vigan dresse leur portrait, leur choix. J’ai adoré le personnage de Matthieu comme je l’ai détesté.

Ce fut une lecture intense où j’avais difficulté à reprendre le livre tant il fait naître des émotions en soi et fait réfléchir. D’une certaine manière.

J’aurais aimé vous en dire plus sur cette histoire, sur mes ressentis, mais je ne voudrais pas gâcher la surprise si jamais vous tenter cette lecture, aux heures d’hiver ou non.

Ma note: 4/5

Citation:

« Je conjugue le verbe attendre, j’en épuise le sens, sur tous les modes, sur tous les tons. J’attends le bus, j’attends mon heure, j’attends que tu viennes, j’attends mon tour, attends-moi, attends que je t’y reprenne, j’attends que jeunesse se passe, j’attends de pied ferme, j’attends le bon moment, tout vient à point à qui sait attendre, le train n’attendra pas, j’attends qu’il revienne, je l’attend comme le messie, ça attendra demain, qu’attends-tu de moi, j’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours, je n’attends pas après toi, je n’attends pas d’enfant, j’attends q’il me rappelle, j’attends qu’il me parle, en attendant mieux, je ne m’y attendais pas, surtout ne m’attends pas. »

Entre chien et loups de Sophie Dujardin

41aqoAhG9WL._SX331_BO1,204,203,200_

Quatrième de couverture:

C’est l’histoire d’un chien, et c’est une tranche de vie à travers le regard de ce chien. Une famille qui vit et qui meurt. Un cancer qui exulte. Des souffrances qui divisent. Une famille qui se brise. Des portraits au vitriol. La douleur de l’humain sous les yeux innocents d’un chien fidèle.

Mon avis:

Merci à l’auteur de m’avoir gentiment envoyé son livre en format numérique.

Vous êtes-vous déjà demandé ce que pouvais penser un fidèle compagnon à quatre pattes ? Que pourrait-il dire si la parole lui était donnée ? C’est à cet exercice que se prête Sophie Dujardin dans son roman Entre chien et loups.

L’auteur propose un court roman où chaque événement est vue à travers les yeux innocents d’un chien. Adoptée par une femme attentionnée, la jeune chienne fait la connaissance du monde qui l’entoure avec une énergie et une joie de vie débordantes. Mais son innocence est mise à rude épreuve lorsqu’elle comprend que le père de sa maîtresse est gravement malade.

Commence alors le récit d’une famille qui se déchire. Les non-dits sont pesants, étouffants. Les liens familiaux s’étiolent tandis que le cancer progresse.

Dans cet auto-portrait, Sophie Dujardin évoque la perte d’un être cher. Par pudeur et avec tristesse, elle raconte son histoire à travers le regard de son animal de compagnie, car la douleur est indicible, la souffrance difficile à évoquer en son nom.

Entre chien et loups est un auto-portrait émouvant. À découvrir.

Ma note: 3,5/5

« Ce récit, je le déteste autant que je l’’aime.
Je le déteste parce que j’’aurais voulu ne jamais avoir à l’’écrire.
Je l’’aime parce qu’’il parle de mon père. »

Demain j’arrête ! de Gilles Legardinier

9782266233040

Quatrième de couverture:

Et vous, quel est le truc le plus idiot que vous ayez fait de votre vie ? Au début, c’est à cause de son nom rigolo que Julie s’est intéressée à son nouveau voisin. Mais très vite, il y a eu tout le reste : son charme, son regard, et tout ce qu’il semble cacher… Parce qu’elle veut tout savoir de Ric, Julie va prendre des risques de plus en plus délirants…

Mon avis:

Sans doute, cet avis passera inaperçu, tant de choses ont été dites sur ce roman. Mais on ne sait jamais s’il y a encore un quelconque lecteur potentiel à convaincre…

Depuis le temps qu’il fallait que je découvre ce qui se cachait derrière ces couvertures flamboyantes à chats, c’est maintenant chose faite avec Demain j’arrête.

Julie Tournelle a 28 ans, ouvre des comptes d’épargne et fait signer des assurances auto, a un patron sur le dos aussi aimable qu’une porte de prison, et vient de se faire larguer. Bref, c’est pas la joie. Heureusement, Julie peut compter sur ses amis et sur son caractère loufoque pour amener un peu de chaleur et de magie dans sa vie. D’autant plus, qu’un charmant jeune homme au tendre nom de « Ricardo Patatras » vient d’emménager au-dessus de chez elle. Et si ça, ce n’est pas l’espoir d’une nouvelle vie pour Julie, mais qu’est-ce que c’est ? Les aventures de Julie promettent des étincelles !

Le personnage de Julie est complètement barrée. Elle est d’une folie sans nom, et possède un sens du raisonnement assez personnel, tant les décisions qu’elle prend sont surréalistes. Mais finalement, son entourage n’est pas triste non plus, entre ses dîners entre copines célibataires, ses parents qui attendent impatiemment qu’elle leur fasse des petits-enfants, en passant par un ami d’enfance qui construit la voiture du futur dans son garage, la vie de Julie est loin d’être des plus banales. On sourit beaucoup à la lecture de ce roman, c’est frais et léger, même si certains passages sont aussi très tendres, comme l’amitié qui lie Julie avec sa vieille voisine Mme Roudan, ou encore les chamailleries de la boulangère Mme Bergerot et l’épicier Mohamed qui témoignent en fait d’une forte affection l’un envers l’autre. Il faut dire que Gilles Legardinier se montre bienveillant à l’égard ses personnages, c’est parfois un peu le monde des bisounours, mais cette solidarité réchauffe le coeur. On s’attache sincèrement à ce petit monde et encore plus à Julie qui se donne un mal de chien pour aider ses amis et à séduire le mystérieux Ric.

Le style est simple et les courts chapitres font que le livre se lit très vite. C’est devenue rare que je lise ce genre de livre, mais celui-ci m’a bien plu. À voir si je retente l’expérience des couvertures à chat !

Ma note: 3,5/5

Citations:

« Chaque soir, le monde se divise en deux grandes catégories : ceux qui vont s’endormir comme des marmottes, et les autres qui auront des cernes le lendemain. Chacun son tour, on passe d’un camp à l’autre au gré de nos vies. »

« Au mieux, il va me prendre pour une prostituée de la cordillère des Andes qui fait le tapin en attendant une éclipse. »

Je l’aimais de Anna Gavalda

419YUze9ScL._SX307_BO1,204,203,200_

Quatrième de couverture:

« On biaise, on s’arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animal familier. On la caresse, on la dresse, on s’y attache. C’est la vie. II y a les courageux et puis ceux qui s’accommodent. C’est tellement moins fatigant de s’accommoder… »

A-t-on le droit de tout quitter, femme et enfants, simplement parce que l’on se rend compte – un peu tard – que l’on s’est peut-être trompé ? Adrien est parti. Chloé et leurs deux filles sont sous le choc. Le père d’Adrien apporte à la jeune femme son réconfort. À sa manière : plutôt que d’accabler son fils, il semble lui porter une certaine admiration. Son geste est égoïste, certes, mais courageux. Lui n’en a pas été capable. Tout au long d’une émouvante confidence, il raconte à sa belle-fille comment, jadis, en voulant lâchement préserver sa vie, il a tout gâché.

Mon avis:

C’était un risque, lire le livre après avoir vu le film. D’autant plus que j’avais adoré l’adaptation de Zabou Breitman portée par Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze. Avec un premier qui m’épate toujours et une seconde qui a un charme fou, lourd était le poids sur les épaules d’Anna Gavalda.

Bien qu’ayant très peur d’avoir l’ombre des acteurs sur les personnages créés par l’auteure, le roman a su se faire une place auprès de moi. J’ai trouvé qu’il complétait l’histoire ébauchée par ma découverte du film.

Le mari de Chloé a quitté femme et enfants pour partir avec une autre. Pour Chloé, qui ne s’est rendu compte de rien, c’est un coup de massue. Mais son beau-père prend les choses en main, et l’emmène, elle et les filles, dans sa maison de campagne. Ce sont des journées à tenter de faire bonne figure et des nuits à pleurer. Jusqu’à ce soir, où son beau-père Pierre, lui explique le courage de son fils, lui qui bien des années auparavant, a laissé partir l’amour de sa vie.

Encore la découverte d’une nouvelle plume ce mois-ci et ce n’est pas pour me décevoir. Même si l’histoire m’a bien plus charmée que le style de l’auteure, j’en ai appris davantage sur les personnages que j’avais si bien aimé. Chloé a un rôle bien moins mièvre dans le roman. C’est une joute verbale qui se met en place entre elle et Pierre et à travers elle, nous apprivoisons et comprenons le personnage de Pierre. Comment excuser et pardonner un homme qui détruit tout ce que lui et sa femme avaient construit ? Mais pourquoi rester, si l’amour n’est plus aussi beau et entier ?

Je l’aimais, c’est aussi l’histoire d’un adultère et d’une passion et là, le film est fidèle… Un homme lâche qui fait des promesses et une femme malheureuse qui attend. Ils s’aiment mais il doit faire un choix et il n’y arrive pas. C’est beau et c’est triste.

Bref, et comme à chaque fois que j’aime quelque chose, je ne sais pas en parler. Alors allez découvrir le film. Ou le livre. Ou les deux. (Si ce n’est pas déjà fait, il n’y a que moi pour découvrir des livres dix ans après tout le monde.)

Ma note: 4/5

Citation:

« Maintenant, j’aimerais bien m’arrêter de courir un peu parce que je trouve que la vie est belle avec vous. Je vous l’avais dit que j’essaierai de vivre sans vous… J’essaie, j’essaie, mais je ne suis pas très vaillante, je pense à vous tous le temps. Alors je vous le demande maintenant et pour la dernière fois peut-être, qu’avez-vous l’intention de faire de moi ? »

Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara

LaSolutionEsquimauAW

Quatrième de couverture:

Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du voisinage, microcosme baroque et réjouissant.
Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables ; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social ; Iolanda et ses chihuahuas hystériques ; Mariana, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss à tout-va ; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie.
Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat ses insomnies à grandes gorgées de tisane tout en soupçonnant qu’on lui cache quelque chose…

Mon avis:

Je remercie la Masse Critique de Babelio et les éditions Zulma pour l’envoi de ce roman.

Otto et Ada ont partagé ensemble près d’un demi-siècle dans la maison jaune. Leur vie est ponctuée par leurs passions communes pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong, les documents animaliers et leur voisinage, personnages hauts en couleur. Les habitants de ce quartier ont tous un petit quelque chose qui se détraque, mais c’est pour ça qu’on craque. Il y a Nico, obnubilé par les effets secondaires des médicaments et qui se rêve nageur professionnel alors qu’il vient seulement d’apprendre à nager ; Aníbal, le facteur qui passe plus de temps à chanter qu’à distribuer son courrier ; Iolanda qui, par doute, a décidé de croire en tout ; M. Taniguchi, ancien soldat, qui croit que la Seconde Guerre Mondiale n’est pas finie ; Mariana, anthropologue dont le film préféré est Nanouk L’Esquimau ; les chiens de Teresa. Mais depuis la mort d’Ada, Otto, homme grincheux et peu bavard, sent bien que quelque chose ne tourne pas rond dans le quartier (en tout cas, plus que d’habitude!) et il est bien décidé à découvrir ce qu’on lui cache…

Les Nuits de laitue est un livre délicieusement décalé. Les personnages plus farfelus les uns que les autres sont très attachants, on ne peut s’empêcher d’avoir le sourire aux lèvres en lisant leur histoire. Mais, le roman aborde également des thèmes plus graves : la perte d’un être cher ou encore la maladie. Je regrette seulement, l’intrigue qui arrive trop tardivement dans le roman. La première moitié met surtout en lumière les personnages et leur description, elle est bien menée, bien écrite, mais sans réel enjeu, on finit par s’ennuyer. Par conséquent, j’ai trouvé que l’intrigue arrivait un peu comme un cheveu sur la soupe malgré les quelques allusions faites avant. Heureusement, le final m’a plu, digne d’un roman policier à l’instar des lectures d’Otto.

En somme, j’ai bien accroché à l’univers de ce roman, l’écriture simple et fluide de l’auteur fait passer un agréable moment. En revanche, ce n’est pas mon favori du genre, je ne pense pas en garder un souvenir impérissable.

Ma note:

3/5

Citation:

« Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décidé de fêter leurs noces d’os, juste pour le plaisir de l’assonance, tout en reconnaissant volontiers que l’os n’était en rien supérieur à la turquoise, à l’argent ou au corail. L’année de la disparition d’Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux. »