En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles

Quatrième de couverture:

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

Mon avis:

Dès les premières lignes, Olivier Bourdeaut parvient à nous faire entrer dans la danse, prenez garde vous ne pourrez plus en sortir.

Rencontrez un père légèrement mythomane, une mère aux mille prénoms, une grue de Numidie qui se prénomme Mademoiselle Superfétatoire et un fils qui cherche un équilibre dans ce joyeux foutoir. Entre fêtes mondaines où les verres de cocktails s’entrechoquent, où les odeurs de fumée de cigares stagnent dans l’air, où les corps ne cessent de bouger en rythme, vivent ces drôles de personnages. Leur existence se résume à la fête, la danse et l’amour. Oui, l’amour celle qui fait commettre toutes les folies, parce que la vie c’est ça. C’est aimer malgré tout.

« De toute façon, j’ai toujours été un peu folle alors un peu plus, un peu moins, ça ne va pas changer l’amour que vous avez pour moi, n’est-ce-pas ? »

Aimer alors que l’autre ne va pas bien, le moment où il faut prendre des décisions, la décision. À travers les regards enchevêtrés du fils puis du père, c’est l’existence hors-norme de cette famille hors-norme qui défile, avec en fond la voix de Nina Simone qui entonne « Mister Bojangles ». La maladie de la mère est racontée avec humour et tendresse. D’une écriture simple, Olivier Bourdeaut nous fait passer par toutes les émotions. On rit face aux situations rocambolesques, aux dialogues exquis qu’échangent les deux époux, puis, on pleure quand on se prend la réalité en pleine poire.

J’aurais voulu ne pas terminer ce livre, ne pas tourner la dernière page de ce premier roman. J’aurais voulu ne pas quitter cette délicieuse et attachante famille.

« Nous devions offrir à notre fils une conclusion à la hauteur de ce qu’avait été la narration, un brouillon fourmillant de surprises, joyeux et gonflé d’affection. »

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Je n’avais pas pris le temps de le partager ici, mais cette année j’ai la chance de pouvoir participer au prix du roman des étudiants. En attendant Bojangles est ma première lecture et elle tient déjà une très bonne place… En espérant vous avoir donnez envie de le découvrir !

Tout le monde est occupé de Christian Bobin

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« Ariane buvait beaucoup, dansait beaucoup et riait encore plus. Personne n’avait jamais réussi à l’éduquer, à lui apprendre les bonnes manières. Les bonnes manières sont des manières tristes. Ariane n’était pas douée pour la tristesse. Elle aimait et elle voulait. Le reste n’importait pas. Vivre est si bref. Donne-moi ce que j’aime. Je n’aime que la vérité. Donne-moi ce que tu es, laisse tomber ce que t’ont appris tes maîtres, oublie ce qu’il est convenable de faire. Telle était la magie d’Ariane : une rare plénitude d’être là, fraîche, simplifiée, simplifiante. Tu me prends, tu me laisses, mais surtout ne me fais pas la leçon, tu ne m’expliques pas comment il faudrait que je sois. »

Tout le monde est occupé, c’est vrai tout le monde est occupé à vivre. Ariane dépoussière les meubles, soulage les cœurs, et donne la vie. Rembrandt le chat intellectuel cherche à dévorer Van Gogh, le canari qui prend le soleil. La Vierge Marie va se dégourdir ses jambes de plâtre lorsqu’elle est lassée d’écouter les malheurs des uns et des autres. Monsieur Lucien philosophe. Manège dessine, dessine, dessine. Monsieur Gomez retrouve sa maman. Madame Carl la mauvaise. Et il y a aussi Tambour et puis Crevette.

Tout va bien. Tout va presque bien : il n’est pas tout à fait là. Et pour cause : il n’est pas il. Il, c’est elle. Ariane éclate de rire. Comme elle est drôle, la vie. Comme elle s’arrange pour nous surprendre. On attend un garçon et on accueille une fille. Dîtes-moi, qu’est-ce que ça change ? Rien. Absolument rien. C’est le même fou rire. La même fatigue soudaine et savoureuse.

Tout est poésie dans ce roman de Christian Bobin. Une femme qui tombe enceinte par un simple baiser et qui plus est pendant trois ans, un bébé qui ne ferme jamais les yeux, un autre qui gravite légèrement au-dessus du sol, l’auteur aborde la vie dans ce qu’elle a de plus exceptionnelle. Aimer, aimer, aimer. Chaque personnage a sa particularité, pourtant rien n’empêche à l’amour d’éclore. Avec légèreté et philosophie, les phrases se dégustent délicatement pour ne pas en perdre une miette. Les personnages doucement dingues sont très vite attachants.

« Je m’appelle Manège, j’ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Entrez dans ma tête. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d’une part, les coccinelles n’ont pas bon goût. D’autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d’ordinaire. Il n’y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c’est pareil : il n’y a que des miracles dans ce monde. »

Ce livre, c’est une petite aparté. Original, ce petit livre ne plaira pas à tous, mais pour qui veut s’échapper en toute poésie doit embarquer dans ce petit monde fou.

Manège éclate de rire. Elle a le même rire que sa mère. Les enfants reçoivent leur héritage du vivant de leur parents. Ils héritent, sans passer par un notaire, de la voix, du rire ou des yeux de leurs parents.

Merci beaucoup Folavril pour cette découverte ! Je te dois mon premier coup de cœur de l’année !

Ma note : 5/5

Un soir de décembre de Delphine de Vigan

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Quatrième de couverture:

Quarante-cinq ans, une femme, deux enfants, une vie confortable, et soudain l’envie d’écrire, le premier roman, le succès, les lettres d’admirateurs… Parmi ces lettres, celles de Sara, empreintes d’une passion ancienne qu’il croyait avoir oubliée. Et qui va tout bouleverser. Au creux du désir, l’écriture suit la trajectoire de la mémoire, violente, instinctive et trompeuse.

« C’est l’histoire d’une femme qu’il a peut-être oubliée, qui peu à peu se dessine, refait surface, cherche de l’air… »

Mon avis:

La quatrième de couverture présente ce roman comme une histoire d’adultère. Si seulement c’était si simple. Matthieu Brin, marié et père de deux garçons, publie son premier roman à quarante-cinq ans. Le succès est immédiat et fulgurant. Interviews, conférences, dédicaces. Parmi les lettres d’admirateurs, l’une retient son attention. Une écriture appliquée à l’encre bleue, et le souvenir d’une femme qu’il croyait avoir oublié refait surface.

À travers les lettres de Sara, Matthieu retrouve le goût d’écrire, porté par la réminiscence des moments passés près de la jeune femme. Mais, ce souvenir a un prix et les conséquences ne tarderont pas à venir.

Un soir de décembre est une lecture qui avait mal commencé. D’abord l’écriture, elle m’a semblé plus froide et plus distante que dans No et moi. Puis, le personnage, dès que j’ouvrais le livre, impossible de me souvenir du nom du héros sans un retour en arrière. L’emploi du « il » y étant certainement pour quelque chose, Matthieu m’est longtemps resté étranger. Tout simplement, au début de ce roman, je me suis sentie exclue de cette histoire.

Petit à petit, j’ai retrouvé la plume qui m’avait charmé dans No et moi. Une écriture simple qui trouve les mots justes. C’est dingue comme l’auteure a le pouvoir de dire les émotions, les sentiments, les corps, le quotidien. J’ai à chaque fois été étonnée qu’elle puisse aller si loin. Le désir est palpable, résolument bien écrit. La déchéance du héros, elle devient de plus en plus oppressante au fil des pages.

Au fur et à mesure, j’ai apprivoisé chaque personnage de cette histoire : l’homme marié, l’épouse trompée, la maîtresse. Sans aucun jugement, Delphine de Vigan dresse leur portrait, leur choix. J’ai adoré le personnage de Matthieu comme je l’ai détesté.

Ce fut une lecture intense où j’avais difficulté à reprendre le livre tant il fait naître des émotions en soi et fait réfléchir. D’une certaine manière.

J’aurais aimé vous en dire plus sur cette histoire, sur mes ressentis, mais je ne voudrais pas gâcher la surprise si jamais vous tenter cette lecture, aux heures d’hiver ou non.

Ma note: 4/5

Citation:

« Je conjugue le verbe attendre, j’en épuise le sens, sur tous les modes, sur tous les tons. J’attends le bus, j’attends mon heure, j’attends que tu viennes, j’attends mon tour, attends-moi, attends que je t’y reprenne, j’attends que jeunesse se passe, j’attends de pied ferme, j’attends le bon moment, tout vient à point à qui sait attendre, le train n’attendra pas, j’attends qu’il revienne, je l’attend comme le messie, ça attendra demain, qu’attends-tu de moi, j’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours, je n’attends pas après toi, je n’attends pas d’enfant, j’attends q’il me rappelle, j’attends qu’il me parle, en attendant mieux, je ne m’y attendais pas, surtout ne m’attends pas. »

Entre chien et loups de Sophie Dujardin

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Quatrième de couverture:

C’est l’histoire d’un chien, et c’est une tranche de vie à travers le regard de ce chien. Une famille qui vit et qui meurt. Un cancer qui exulte. Des souffrances qui divisent. Une famille qui se brise. Des portraits au vitriol. La douleur de l’humain sous les yeux innocents d’un chien fidèle.

Mon avis:

Merci à l’auteur de m’avoir gentiment envoyé son livre en format numérique.

Vous êtes-vous déjà demandé ce que pouvais penser un fidèle compagnon à quatre pattes ? Que pourrait-il dire si la parole lui était donnée ? C’est à cet exercice que se prête Sophie Dujardin dans son roman Entre chien et loups.

L’auteur propose un court roman où chaque événement est vue à travers les yeux innocents d’un chien. Adoptée par une femme attentionnée, la jeune chienne fait la connaissance du monde qui l’entoure avec une énergie et une joie de vie débordantes. Mais son innocence est mise à rude épreuve lorsqu’elle comprend que le père de sa maîtresse est gravement malade.

Commence alors le récit d’une famille qui se déchire. Les non-dits sont pesants, étouffants. Les liens familiaux s’étiolent tandis que le cancer progresse.

Dans cet auto-portrait, Sophie Dujardin évoque la perte d’un être cher. Par pudeur et avec tristesse, elle raconte son histoire à travers le regard de son animal de compagnie, car la douleur est indicible, la souffrance difficile à évoquer en son nom.

Entre chien et loups est un auto-portrait émouvant. À découvrir.

Ma note: 3,5/5

« Ce récit, je le déteste autant que je l’’aime.
Je le déteste parce que j’’aurais voulu ne jamais avoir à l’’écrire.
Je l’’aime parce qu’’il parle de mon père. »

Demain j’arrête ! de Gilles Legardinier

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Quatrième de couverture:

Et vous, quel est le truc le plus idiot que vous ayez fait de votre vie ? Au début, c’est à cause de son nom rigolo que Julie s’est intéressée à son nouveau voisin. Mais très vite, il y a eu tout le reste : son charme, son regard, et tout ce qu’il semble cacher… Parce qu’elle veut tout savoir de Ric, Julie va prendre des risques de plus en plus délirants…

Mon avis:

Sans doute, cet avis passera inaperçu, tant de choses ont été dites sur ce roman. Mais on ne sait jamais s’il y a encore un quelconque lecteur potentiel à convaincre…

Depuis le temps qu’il fallait que je découvre ce qui se cachait derrière ces couvertures flamboyantes à chats, c’est maintenant chose faite avec Demain j’arrête.

Julie Tournelle a 28 ans, ouvre des comptes d’épargne et fait signer des assurances auto, a un patron sur le dos aussi aimable qu’une porte de prison, et vient de se faire larguer. Bref, c’est pas la joie. Heureusement, Julie peut compter sur ses amis et sur son caractère loufoque pour amener un peu de chaleur et de magie dans sa vie. D’autant plus, qu’un charmant jeune homme au tendre nom de « Ricardo Patatras » vient d’emménager au-dessus de chez elle. Et si ça, ce n’est pas l’espoir d’une nouvelle vie pour Julie, mais qu’est-ce que c’est ? Les aventures de Julie promettent des étincelles !

Le personnage de Julie est complètement barrée. Elle est d’une folie sans nom, et possède un sens du raisonnement assez personnel, tant les décisions qu’elle prend sont surréalistes. Mais finalement, son entourage n’est pas triste non plus, entre ses dîners entre copines célibataires, ses parents qui attendent impatiemment qu’elle leur fasse des petits-enfants, en passant par un ami d’enfance qui construit la voiture du futur dans son garage, la vie de Julie est loin d’être des plus banales. On sourit beaucoup à la lecture de ce roman, c’est frais et léger, même si certains passages sont aussi très tendres, comme l’amitié qui lie Julie avec sa vieille voisine Mme Roudan, ou encore les chamailleries de la boulangère Mme Bergerot et l’épicier Mohamed qui témoignent en fait d’une forte affection l’un envers l’autre. Il faut dire que Gilles Legardinier se montre bienveillant à l’égard ses personnages, c’est parfois un peu le monde des bisounours, mais cette solidarité réchauffe le coeur. On s’attache sincèrement à ce petit monde et encore plus à Julie qui se donne un mal de chien pour aider ses amis et à séduire le mystérieux Ric.

Le style est simple et les courts chapitres font que le livre se lit très vite. C’est devenue rare que je lise ce genre de livre, mais celui-ci m’a bien plu. À voir si je retente l’expérience des couvertures à chat !

Ma note: 3,5/5

Citations:

« Chaque soir, le monde se divise en deux grandes catégories : ceux qui vont s’endormir comme des marmottes, et les autres qui auront des cernes le lendemain. Chacun son tour, on passe d’un camp à l’autre au gré de nos vies. »

« Au mieux, il va me prendre pour une prostituée de la cordillère des Andes qui fait le tapin en attendant une éclipse. »

Une bible de Philippe Lechermeier et Rebecca Dautremer

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Quatrième de couverture:

La Bible comme un roman !

La Bible est constituée de centaines d’histoires qui ont façonné nos civilisations. Pour chacun d’entre nous, croyant ou non, connaître ces histoires dans leur richesse est un formidable voyage. Philippe Lechermeier nous y convie ici. En habile conteur et véritable magicien de la langue, il réinvente une forme pour chacune d’elles et recrée ainsi « Une bible » afin que la transmission culturelle s’accomplisse. Dans un même esprit de respect et d’entière liberté, Rébecca Dautremer repousse les frontières de son art pour mieux revisiter les scènes ainsi racontées et faire voler en éclat le cadre de nos représentations habituelles.

Mon avis:

Qui n’a jamais entendu de Noé, d’Abraham, de Moïse, de Salomon ou de David ? Mais qu’en est-il de leur histoire ? De leur place dans la Bible ? Avec honte, je vous confesse que ce sont des questions auxquelles je n’aurais pu répondre… Alors, j’ai décidé de combler cette triste lacune mais sans être véritablement sérieuse non plus puisque j’ai choisi Une bible racontée par Philippe Lechermeier et illustrée par Rébecca Dautremer.

Loin de moi l’idée de me convertir, c’est en tant que texte littéraire et délice pour les yeux que j’aborde cet ouvrage. Philippe Lechermeier vulgarise les versets de la Bible en petites histoires à déguster tranquillement. Récits, contes, poèmes et même une pièce de théâtre parcourent les pages de cette adaptation. Les textes sont très accessibles, cela peut être un bon point de départ pour faire découvrir la Bible aux plus jeunes. L’idée n’est pas de convertir, simplement d’en connaître davantage sur un livre qui est la source d’inspiration de bien d’oeuvres littéraires et artistiques. Et pourquoi se priver des mots de Philippe Lechermeier ? Déjà avec Journal secret du Petit Poucet et Princesses oubliées ou inconnues, je découvrais des textes emplis de poésie et de tendresse où chaque phrase est un voyage. Et ici, le charme opère encore, que l’on soit croyant ou non, on se laisse forcément porté. Le seul bémol, serait que l’on ne fait que survoler le texte biblique, tout n’est pas mentionné ou détaillé, on en apprend peu finalement. Surtout que le Nouveau Testament est moins évoqué que l’Ancien Testament, c’est dommage.

Mais venons en à la partie que je préfère, les illustrations. Si vous ne connaissez pas les travaux de Rébecca Dautremer, courrez vite y remédier, je suis presque sûre que vous ne serez pas déçus ! Ici, Rébecca Dautremer a su illustrer des passages clés de la Bible tout en gardant son style. Ce sont des dessins précis et détaillés auxquels elle a insufflé des éléments contemporains qui donnent modernité et poésie à l’ensemble de l’ouvrage. Gros plans sur des visages, paysages sauvages tout y passe et on s’attarde avec plaisir pour déguster chaque détail. Qu’ils soient en noir et blanc ou en couleur, au crayon ou à l’encre, qu’ils prennent une partie de la page ou son entièreté, les illustrations sont tout simplement à couper le souffle.

« La Bible comme un roman », le pari est tenu. Une mise en page réussie, un texte enchanteur et des dessins majestueux, le duo de choc Lechermeier-Dautremer a encore frappé.

Ma note: 4/5

Je vous laisse ici la préface de l’auteur Philippe Lechermeier pour comprendre toute la portée de l’ouvrage…

« Parce que raconter la Bible, c’est raconter notre histoire, une histoire faite de milliers de mythes, de contes et de légendes. Comment comprendre le monde sans tous ces récits ? Comment l’appréhender sans savoir qui sont Abraham, Goliath, la reine de Saba et Marie-Madeleine ? Comment décrypter l’art, l’architecture, la littérature sans connaître les fondations fabuleuses de notre société ? La Bible n’appartient pas qu’à la religion. La Bible est un bien commun. Qu’on soit croyant ou non croyant et qu’on le veuille ou non, ses mythes ont façonné nos sociétés, ils s’immiscent dans notre vie quotidienne, ils circulent dans notre inconscient. En écrivant ce texte, j’ai voulu que chacun puisse reprendre ce qui lui appartient. Une Bible n’est pas La Bible. Une Bible est faite d’histoires qui se répètent et se réinventent. Des histoires que l’on raconte. Qui nous racontent. »

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Je l’aimais de Anna Gavalda

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Quatrième de couverture:

« On biaise, on s’arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animal familier. On la caresse, on la dresse, on s’y attache. C’est la vie. II y a les courageux et puis ceux qui s’accommodent. C’est tellement moins fatigant de s’accommoder… »

A-t-on le droit de tout quitter, femme et enfants, simplement parce que l’on se rend compte – un peu tard – que l’on s’est peut-être trompé ? Adrien est parti. Chloé et leurs deux filles sont sous le choc. Le père d’Adrien apporte à la jeune femme son réconfort. À sa manière : plutôt que d’accabler son fils, il semble lui porter une certaine admiration. Son geste est égoïste, certes, mais courageux. Lui n’en a pas été capable. Tout au long d’une émouvante confidence, il raconte à sa belle-fille comment, jadis, en voulant lâchement préserver sa vie, il a tout gâché.

Mon avis:

C’était un risque, lire le livre après avoir vu le film. D’autant plus que j’avais adoré l’adaptation de Zabou Breitman portée par Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze. Avec un premier qui m’épate toujours et une seconde qui a un charme fou, lourd était le poids sur les épaules d’Anna Gavalda.

Bien qu’ayant très peur d’avoir l’ombre des acteurs sur les personnages créés par l’auteure, le roman a su se faire une place auprès de moi. J’ai trouvé qu’il complétait l’histoire ébauchée par ma découverte du film.

Le mari de Chloé a quitté femme et enfants pour partir avec une autre. Pour Chloé, qui ne s’est rendu compte de rien, c’est un coup de massue. Mais son beau-père prend les choses en main, et l’emmène, elle et les filles, dans sa maison de campagne. Ce sont des journées à tenter de faire bonne figure et des nuits à pleurer. Jusqu’à ce soir, où son beau-père Pierre, lui explique le courage de son fils, lui qui bien des années auparavant, a laissé partir l’amour de sa vie.

Encore la découverte d’une nouvelle plume ce mois-ci et ce n’est pas pour me décevoir. Même si l’histoire m’a bien plus charmée que le style de l’auteure, j’en ai appris davantage sur les personnages que j’avais si bien aimé. Chloé a un rôle bien moins mièvre dans le roman. C’est une joute verbale qui se met en place entre elle et Pierre et à travers elle, nous apprivoisons et comprenons le personnage de Pierre. Comment excuser et pardonner un homme qui détruit tout ce que lui et sa femme avaient construit ? Mais pourquoi rester, si l’amour n’est plus aussi beau et entier ?

Je l’aimais, c’est aussi l’histoire d’un adultère et d’une passion et là, le film est fidèle… Un homme lâche qui fait des promesses et une femme malheureuse qui attend. Ils s’aiment mais il doit faire un choix et il n’y arrive pas. C’est beau et c’est triste.

Bref, et comme à chaque fois que j’aime quelque chose, je ne sais pas en parler. Alors allez découvrir le film. Ou le livre. Ou les deux. (Si ce n’est pas déjà fait, il n’y a que moi pour découvrir des livres dix ans après tout le monde.)

Ma note: 4/5

Citation:

« Maintenant, j’aimerais bien m’arrêter de courir un peu parce que je trouve que la vie est belle avec vous. Je vous l’avais dit que j’essaierai de vivre sans vous… J’essaie, j’essaie, mais je ne suis pas très vaillante, je pense à vous tous le temps. Alors je vous le demande maintenant et pour la dernière fois peut-être, qu’avez-vous l’intention de faire de moi ? »

Un certain sourire de Françoise Sagan

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Quatrième de couverture:

En compagnie de son jeune amant Bertrand, Dominique, étudiante à la Sorbonne, connaît bien  » la petite couleur mauve de l’ennui « . Tout change lorsque Bertrand lui présente son oncle Luc, séduisant quadragénaire à la réputation légère. Près de lui, Dominique se sent tout à coup gaie et drôle, étrangement vivante, et accepte de le suivre pour quinze jours de vacances à Cannes. Que risque-t-elle ? S’attacher à cet homme frivole, un peu cynique, qui semble jouer avec elle ? Souffrir ensuite ? Et après ? Le plaisir, les rires, une complicité inattendue, cela ne vaut-il pas mieux que de s’ennuyer ? Tous les dangers guettent Dominique au bord de la Méditerranée. Elle ne sait pas encore comment on guérit d’un amour…

Mon avis:

Il y a longtemps que je voulais découvrir Françoise Sagan. Longtemps j’ai hésité à commencer par son premier roman et ai finalement opté pour celui-ci. La célébrité de Bonjour Tristesse ayant sans doute joué, j’ai préféré rencontrer pour une première, Un certain sourire, deuxième roman publié par Sagan, écrit à tout juste dix-neuf ans.

Dominique est étudiante à la Sorbonne, mais elle s’y ennuie. Elle voit souvent Bertrand, un garçon de son âge, pourtant elle ne l’aime pas. Elle rencontre Luc, oncle de Bertrand et séduisant homme d’âge mûr et il ne la laisse pas indifférente. Pourtant marié à Françoise, Luc entame une liaison avec Dominique et lui propose de partir à Cannes pour quinze jours. Ces deux êtres-là se ressemblent et se plaisent, pourquoi refuserait-elle cette invitation ? Plutôt que de s’ennuyer à Paris, pourquoi ne pas vivre cette passion, aussi brève soit-elle ?

Scénario classique pour ma première rencontre avec Sagan, tout est vu du point de vue de Dominique et c’est avec une justesse désarmante que l’auteur décrit les sentiments de son héroïne. Les moments intenses qu’elle partage avec Luc, les instants passés seule dans sa chambre, la complicité qu’elle partage avec Françoise, la tendresse de Bertrand, son enfance qui s’en va pour laisser place à l’âge adulte. Le roman est très court et pourtant, il m’a semblé connaître Dominique depuis toujours. Pour ma part, Dominique, c’est un de ses personnages dont on ne sait pourquoi, mais elle nous parle. On s’attache à elle malgré sa mélancolie permanente, satisfaite par rien hormis la promesse d’un rendez-vous avec Luc. Elle sait qu’il ne l’aime pas et pourtant… Les personnages secondaires sont pour le coup bien secondaires puisque pendant ma lecture je ne voyais que Dominique. Luc m’a parfois exaspéré mais, je n’ai pas réussi à le détester, j’ai eu de la peine pour Bertrand et je n’ai pas toujours comprise Françoise.

Cette histoire d’amour, bien qu’à plusieurs reprises malsaine, m’a terriblement plu. J’ai été charmée par le personnage de Sagan, à tel point que j’ai du mal à trouver les mots pour écrire cette critique. Et désormais, moi qui craignais de découvrir son premier roman, j’ai hâte !

Ma note: 4/5

Citations:

« Bertrand était mon premier amant. C’était sur lui que j’avais connu le parfum de mon propre corps. C’est toujours sur le corps des autres qu’on découvre le sien, sa longueur, son odeur, d’abord avec méfiance, puis avec reconnaissance. »

« Je pensais que je devais peut-être simuler quelque intérêt pour la profession de Luc, ce que je ne pensais jamais faire. J’aurais voulu demander aux gens : « Etes-vous amoureux ? Que lisez-vous ? », mais je ne m’inquiétais pas de leur profession… souvent primordiale à leurs yeux. »

Elle avait des rides assez sévères au coin des yeux. J’y posai mon index :
« Moi, je trouve ça merveilleux, dis-je tendrement. Toutes les nuits, tous les pays, tous les visages qu’il a fallu pour avoir ces deux minuscules petites lignes là…Vous y gagnez. Et puis ça donne l’air vivant. Et puis, je ne sais pas, moi, je trouve ça beau, expressif, troublant. J’ai horreur des têtes lisses. »

Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara

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Quatrième de couverture:

Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du voisinage, microcosme baroque et réjouissant.
Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables ; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social ; Iolanda et ses chihuahuas hystériques ; Mariana, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss à tout-va ; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie.
Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat ses insomnies à grandes gorgées de tisane tout en soupçonnant qu’on lui cache quelque chose…

Mon avis:

Je remercie la Masse Critique de Babelio et les éditions Zulma pour l’envoi de ce roman.

Otto et Ada ont partagé ensemble près d’un demi-siècle dans la maison jaune. Leur vie est ponctuée par leurs passions communes pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong, les documents animaliers et leur voisinage, personnages hauts en couleur. Les habitants de ce quartier ont tous un petit quelque chose qui se détraque, mais c’est pour ça qu’on craque. Il y a Nico, obnubilé par les effets secondaires des médicaments et qui se rêve nageur professionnel alors qu’il vient seulement d’apprendre à nager ; Aníbal, le facteur qui passe plus de temps à chanter qu’à distribuer son courrier ; Iolanda qui, par doute, a décidé de croire en tout ; M. Taniguchi, ancien soldat, qui croit que la Seconde Guerre Mondiale n’est pas finie ; Mariana, anthropologue dont le film préféré est Nanouk L’Esquimau ; les chiens de Teresa. Mais depuis la mort d’Ada, Otto, homme grincheux et peu bavard, sent bien que quelque chose ne tourne pas rond dans le quartier (en tout cas, plus que d’habitude!) et il est bien décidé à découvrir ce qu’on lui cache…

Les Nuits de laitue est un livre délicieusement décalé. Les personnages plus farfelus les uns que les autres sont très attachants, on ne peut s’empêcher d’avoir le sourire aux lèvres en lisant leur histoire. Mais, le roman aborde également des thèmes plus graves : la perte d’un être cher ou encore la maladie. Je regrette seulement, l’intrigue qui arrive trop tardivement dans le roman. La première moitié met surtout en lumière les personnages et leur description, elle est bien menée, bien écrite, mais sans réel enjeu, on finit par s’ennuyer. Par conséquent, j’ai trouvé que l’intrigue arrivait un peu comme un cheveu sur la soupe malgré les quelques allusions faites avant. Heureusement, le final m’a plu, digne d’un roman policier à l’instar des lectures d’Otto.

En somme, j’ai bien accroché à l’univers de ce roman, l’écriture simple et fluide de l’auteur fait passer un agréable moment. En revanche, ce n’est pas mon favori du genre, je ne pense pas en garder un souvenir impérissable.

Ma note:

3/5

Citation:

« Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décidé de fêter leurs noces d’os, juste pour le plaisir de l’assonance, tout en reconnaissant volontiers que l’os n’était en rien supérieur à la turquoise, à l’argent ou au corail. L’année de la disparition d’Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux. »

Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer

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Quatrième de couverture:

Un homme et une femme. Ils ne se connaissent pas mais échangent des mails. Jusqu’à devenir accros. Jusqu’à ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre, sans se rencontrer pour autant… Savoureuse et captivante, cette comédie de moeurs explore avec finesse et humour la naissance du sentiment amoureux.

Mon avis:

Une erreur d’adresse mail et voilà qu’Emmi Rothner et Leo Leike entrent en contact. S’installe alors, entre eux une correspondance à la façon d’un jeu du chat et de la souris. Converser sans jamais s’être rencontré, les fascine tant qu’il ne peuvent s’arrêter. Pourtant, cette seconde vie virtuelle ne peut pas faire abstraction de la réalité…

Quand souffle le vent du nord fut une lecture en deux temps. Le début de ma lecture a été très agréable mais je survolais plus que ne m’attachais réellement aux personnages. Le genre épistolaire 2.0 m’a perturbée car je n’arrivais pas à cerner les personnages. Pas habituée à lire des romans où l’on ne trouve que des correspondances, je lisais davantage par pure curiosité et parce que les dialogues des héros me faisaient sourire. Puis, une fois la moitié du roman atteinte, j’ai réussi à apprivoisé Emmi et Leo. Je me suis attachée à leur histoire même si elle peut paraître rocambolesque. Qui oserait s’attacher à un(e) inconnu(e) ? Mais leur échange était parfois tellement bien trouvé ! Aucun des deux personnages n’a d’ascendant sur l’autre. Ils sont sur le même pied d’égalité. Bref, une lecture divertissante sans prise de tête, comme il est bon d’en lire par moment !

Je ne pensais pas lire la suite La septième vague, mais la fin du roman m’a tellement surprise que j’ai bien envie de connaître les nouveaux échanges électroniques d’Emmi et Leo.

Ma note: 4/5

Citations:

« Bonjour Emmi ! Quel sentiment merveilleux, après un épuisant séminaire à Bucarest, ville peu enchanteresse s’il en est, en cette saison qu’ils appellent là-bas perversement le printemps (tempêtes de neige, gel), quel sentiment merveilleux, donc, de revenir chez soi, d’allumer tout de suite son ordinateur, de trouver, dans l’enchevêtrement des 500 mails envoyés par des correspondants implacables pour vous faire part de nouvelles accessoires voire pitoyables, quatre mails de Mme Rothner, si appréciée pour sa maîtrise du langage, son style et ses programmes en plusieurs points, et, comme un ours du grésil roumain en voie de décongélation, de se réjouir de lire quelques phrases chaleureuses. Euphorique, on ouvre le premier mail et qu’est-ce qui saute à la figure ? CONNARD ! Merci pour l’accueil ! »

« Léo, je pense sans cesse à vous. Vous occupez quelques millimètres carrés de mon cerveau (ou de mon cervelet, ou de mon hypophyse, je ne sais pas dans quelle partie du cerveau on pense à quelqu’un comme vous). Vous y avez planté votre tente. »